Chapitre 1 — Introduction au Jasad et à la méthode d’étude du sujet
Ce livre est donc écrit dans le but précis d’inviter — respectueusement — une réponse savante à nos vues exprimées sur ce sujet du Jasad, ainsi que sur Dābbat al-Arḍ, de la part de ceux qui défendent la méthodologie salafie, tout comme de ceux qui défendent la méthode par laquelle le Coran est enseigné et étudié dans les Dār al-‘Ulūm.
Bien que ce sujet du Jasad qui fut montré assis sur le trône de Sulaymān عليه السلام ait déjà été abordé dans notre ouvrage intitulé Dajjāl, le Coran et Awwal al-Zamān, nous avons néanmoins jugé nécessaire d’y revenir dans ce nouveau livre afin de l’expliquer à nouveau, à la fois avec davantage de détails et de la façon la plus simple possible.
Nous l’avons fait pour plusieurs raisons, dont la première est notre avis que le sujet du Jasad constitue l’épreuve suprême quant à la bonne méthodologie d’étude du Coran. Nos frères chiites, salafis, brelvis, deobandis, ainsi que ceux qui contrôlent les institutions d’enseignement supérieur islamique connues sous le nom de Dār al-‘Ulūm et Jāmi‘ah, doivent se rappeler que le Prophète Muḥammad ﷺ a déclaré :
« Je laisse derrière moi deux choses lourdes » : anā tārikun fīkum thaqalayn — la première est le Livre d’Allah ﷻ… puis il dit : et les gens de ma maison (Ahl Baytî). « Je vous rappelle (d’être bienveillants) envers les gens de ma maison. Je vous rappelle (d’être bienveillants) envers les gens de ma maison. » (Sahīḥ Muslim)
Il ne peut y avoir aucun doute sur le fait que la vérité absolue se trouve uniquement dans le Coran. Ainsi, le Coran est le guide suprême pour tous ceux qui appartiennent à la Umma de Nabī Muḥammad ﷺ — y compris sa propre famille — et c’est la raison pour laquelle le Prophète ﷺ a exhorté ses compagnons à s’attacher fermement au Coran.
Étant donné que le Coran occupe une position si prééminente dans la religion de l’Islam, les qualifications de toutes les sectes mentionnées ci-dessus doivent être évaluées à l’aune de leur science du Coran. Puisque le Jasad est mentionné dans le Coran, ces mouvements sectaires islamiques doivent nous informer, correctement, qui est le Jasad ?
Nous n’avons aucune intention, dans ce livre, de fournir un relevé exhaustif des vues savantes exprimées pour expliquer ce verset d’une importance capitale. Nous laissons plutôt ce sujet à un futur savant de l’Islam qui mènera une recherche indépendante avec intégrité scientifique, sans crainte ni faveur, et publiera les résultats de sa recherche au bénéfice des lecteurs — chiites comme sunnites, salafis comme soufis.
Nous revenons aussi sur ce sujet dans ce livre parce que peu d’attention a été accordée au Jasad qui fut jeté sur le trône de Nabī Sulaymān عليه السلام. En conséquence, c’est un sujet nouveau et méconnu pour la plupart des lecteurs, qui doivent donc s’ajuster au choc d’un savoir nouveau avant même de pouvoir faire l’effort de comprendre la question.
Enfin, nous revenons à ce sujet du Jasad parce qu’il a provoqué, tout au long de notre histoire, une quantité énorme de confusion dans la pensée savante. Il existait donc un besoin d’apporter de la clarté sur le sujet, et nous espérons que cela a été accompli, une fois pour toutes, dans ce modeste livre.
Notre avis est que la vision de Sulaymān عليه السلام, révélée dans le Coran (Sād, 38 : 34-35), d’un Jasad qui lui fut montré assis sur son trône, est la référence la plus directe à Dajjāl que l’on trouve dans le Coran. Si le Jasad est effectivement Dajjāl, alors ce passage du Coran constitue la clé même qui ouvre la connaissance de ce sujet d’une importance suprême : Dajjāl, le faux Messie ou l’Antéchrist.
Le « bétail » demanderait — car le « bétail » n’a pas de connaissance — pourquoi le sujet de Dajjāl est-il si important ? La réponse est que Dajjāl représente le plus grand danger auquel l’humanité aura à faire face dans toute l’histoire humaine :
D’après ‘Imrān ibn Ḥuṣayn رضي الله عنهما : « J’ai entendu le Messager d’Allah ﷺ dire : Entre la création d’Adam et le Jour de la Résurrection, il n’y a pas d’épreuve plus grande, pas de danger plus grand que celui de Dajjāl. » (Sahīḥ Muslim)
Imām Muslim rapporte également que Dajjāl représentera un danger pour l’humanité dans toutes les parties du monde (à l’exception de Makkah et de Yathrib). (Sahīḥ Muslim)
Nous avons traité ce sujet de Dajjāl et du Jasad dans notre livre Dajjāl, le Coran et Awwal al-Zamān, mais nous avons constaté — de manière surprenante — que le monde de l’érudition islamique n’a pas jugé important de répondre à cet ouvrage. Ce livre est donc aussi écrit pour provoquer, avec douceur, ceux dont notre érudition les trouble au point d’avoir du mal à ouvrir les portes de la mosquée (en particulier au Royaume-Uni) pour nous permettre d’enseigner le Livre d’Allah ﷻ.
Si nos vues exprimées dans ce livre sont fausses, alors nous les invitons à expliquer ce qui est vrai ! S’ils persistent à nous fermer les portes de la mosquée tout en demeurant incapables ou peu disposés à répondre à ce livre, leur érudition superficielle et insuffisante apparaîtra au grand jour.
Le défi de ce livre se situe, bien entendu, dans la méthodologie qui devrait être adoptée pour l’étude du Coran, et ce défi est lancé parce que l’auteur est de plus en plus convaincu qu’il y en a beaucoup qui sont aujourd’hui reconnus par les masses comme des ‘Ulamā’, ou savants de l’Islam, mais qui en réalité n’étudient pas le Coran.
Nous ne cherchons rien d’autre que de les pousser à penser et, par conséquent, à étudier le Livre d’Allah ﷻ comme il devrait l’être.
Ce livre est écrit avec la conviction absolue que la Vérité finit toujours par triompher. Si nous nous trompons dans notre explication du Coran béni, il ne s’agira que d’une question de temps avant que notre érudition ne soit oubliée ; mais si nous avons raison dans notre explication du Coran, alors ceux qui nous ferment les portes de la mosquée auront commis une grave injustice.
Le Coran a non seulement révélé (Sād, 38 : 34) qu’Allah ﷻ éprouva Sulaymān — c’est-à-dire Nabī Sulaymān عليه السلام — lorsqu’Il jeta un Jasad sur son trône, mais encore que Sulaymān, qui était l’homme le plus sage, comprit immédiatement la vision et y répondit promptement. Dans le verset suivant (Sād, 38 : 35), il est fait mention de cette réponse, dans laquelle Sulaymān fit une invocation à Allah ﷻ pour qu’aucun n’hérite de son royaume après lui — c’est-à-dire l’État sacré d’Israël.
Aussitôt que Sulaymān عليه السلام mourut, l’État sacré d’Israël s’effondra dans une guerre civile et fut brisé en deux. Il n’a jamais été rétabli depuis. Puisque nul n’a hérité de son royaume après lui, il est clair qu’Allah ﷻ a accepté la prière de Sulaymān عليه السلام et a exaucé sa demande.
Ce livre est consacré à l’étude de ce Jasad et de la réponse de Sulaymān à la vision, et notre objectif principal en écrivant ce livre est de démontrer l’application d’une méthodologie correcte pour l’étude du Coran.
La bonne méthodologie, dans cette affaire particulière concernant le Jasad, exige que nous posions la question : pourquoi Sulaymān عليه السلام a-t-il répondu à la vision de la manière dont il l’a fait ? Pourquoi a-t-il fait cette invocation pour que personne n’hérite de son Royaume après lui ?
Puisque le Coran n’explique pas qui était ce Jasad, et qu’il n’y a pas non plus d’explication véritable dans les ḥadiths du Prophète Muḥammad ﷺ, et puisque ces deux sources primaires n’expliquent pas réellement pourquoi Sulaymān عليه السلام répondit à la vision de la manière dont il l’a fait, les commentateurs du Coran — y compris les commentateurs classiques — ont constamment proposé leurs propres opinions sur le sujet.
Ils l’ont fait également au sujet de la mort de Sulaymān — dont les jinns n’étaient pas conscients — si bien qu’ils continuèrent à travailler jusqu’à ce que Dābbat al-Arḍ consume quelque chose lié au bâton de Sulaymān ; ce n’est qu’alors que les jinns réalisèrent qu’il était mort.
Notre aide précieuse, Hasbullah Shafi’iy, a aimablement compilé au bénéfice de nos lecteurs un résumé des avis sur ces deux sujets trouvés dans de nombreux commentaires ; ces résumés figurent dans ce livre en Annexes 1 et 2.
Nous avons toutefois estimé qu’il serait profitable à nos lecteurs que, en plus des résumés fournis dans ces deux annexes, nous présentions les avis concernant le Jasad, ainsi que Dābbat al-Arḍ, de quatre savants musulmans récents, tous auteurs de commentaires du Coran. Trois d’entre eux — Abul ‘Alā Maudūdī, Amīn Aḥsan Islāhī et Muḥammad ‘Alī — résidaient dans la célèbre ville pakistanaise de Lahore, et le quatrième — Muḥammad Asad — était un Juif européen qui a rejoint la communauté des croyants suivant le Prophète Muḥammad ﷺ.
Nous avons inclus Muḥammad ‘Alī parce que le Mouvement Aḥmadī de Mirzā Ghulām Aḥmad, auquel il appartenait, a présenté un défi eschatologique redoutable à l’ensemble du monde musulman ; il est donc important que les lecteurs soient exposés à l’érudition aḥmadie sur ces deux sujets d’importance suprême.
La bonne méthodologie d’étude du Coran exige que, lorsque Allah ﷻ et Son Messager ﷺ ont expliqué un verset du Coran, une telle explication soit reconnue comme le dernier mot sur ce sujet. Cependant, lorsque ni Allah ﷻ ni Son Messager ﷺ n’ont effectivement expliqué un verset du Coran, alors même les opinions exprimées dans les commentaires classiques ne peuvent en aucun cas faire office de dernier mot dans l’explication d’un tel verset du Livre sacré.
Au contraire, chaque croyant doit faire l’effort d’étudier le Coran afin d’atteindre, à terme, ce niveau d’effort savant où il ou elle peut chercher à pénétrer et comprendre des versets du Coran. C’est à ce stade d’effort savant que des versets — tels que Sād, 38 : 34-35 — peuvent être étudiés sur la base d’un effort indépendant (ijtihād).
Il n’est pas du tout correct que l’effort savant pour comprendre et expliquer des versets du Coran se réduise à un simple « traitement de texte » consistant à compiler des explications provenant des livres de tafsīr. Nous entendons démontrer dans ce livre, in shā’ Allah, qu’il existe des connaissances et des explications du Coran qui se situent au-delà des commentaires, et que seuls ceux qui s’astreignent à « penser » peuvent être gratifiés d’étendre les frontières de la connaissance coranique.
Le musulman salafi est donc tenu, par sa méthodologie d’étude du Coran et de la Sunna — qui n’admet aucune nouvelle explication interprétative ni du Coran ni des ḥadiths — d’accepter qu’il ne saura jamais qui, ou ce qu’était ce Jasad.
Notre méthodologie d’étude du Coran et des ḥadiths est différente : lorsqu’il n’y a pas d’explication véritable, l’implication est que nous devons penser et chercher ainsi à pénétrer le sujet pour le comprendre.
Nous commençons notre étude du Jasad en rappelant d’abord au lecteur bienveillant que le Coran déclare de lui-même qu’il comporte deux types de versets. Cela est d’ailleurs vrai de toutes les autres Écritures révélées, puisqu’elles proviennent toutes de la même source divine :
« C’est Lui qui a fait descendre sur toi le Livre : il s’y trouve des versets décisifs (muḥkamāt) — ce sont la Mère du Livre — et d’autres qui sont analogiques/allegoriques (mutashābihāt)… » — Āl ‘Imrān 3 : 7 (explication)
[Ce qui suit sous chaque verset coranique cité dans ce livre relève de l’explication et du commentaire plutôt que d’une traduction, car la Parole miraculeuse d’Allah ﷻ ne peut être traduite dans une autre langue.]
Allah ﷻ a fait descendre, ô Muḥammad ﷺ, un Livre contenant des Āyāt muḥkamāt — versets clairs par eux-mêmes, qui constituent le cœur du Livre — ainsi que d’autres versets appelés Āyāt mutashābihāt, qui sont allégoriques et doivent donc être interprétés pour être compris. Ceux dont les cœurs sont déviés et corrompus s’attachent à la partie du Livre exprimée par allégorie, cherchant à égarer et à semer la confusion. Ce faisant, ils créent des mouvements sectaires par lesquels ils corrompent les croyances des croyants. C’est en raison de la déviation de leurs cœurs qu’ils cherchent à fixer l’interprétation des versets allégoriques de manière arbitraire. Puisque nul autre qu’Allah ﷻ n’en connaît la signification ultime, il s’ensuit que Lui seul peut confirmer qu’une interprétation de tels versets est correcte.
Ceux qui sont solidement enracinés dans la science agissent différemment : ils ne traitent pas ces versets de manière arbitraire ; ils disent plutôt : « Nous croyons aux versets allégoriques et nous les étudions selon une méthodologie qui reconnaît que tous les versets du Coran — allégoriques comme clairs — proviennent de la Présence divine. Par conséquent, si les versets allégoriques doivent être interprétés, le Coran doit être étudié comme un tout harmonieux et intégré, et non en parties disjointes. » Mais nul n’étudiera les versets allégoriques de manière appropriée si ce n’est ceux qui sont doués de clarté de pensée et de perspicacité.
Puisque ni le Coran ni la Sunna n’ont clairement expliqué qui ou ce qu’est le Jasad, il s’ensuit que nous devons reconnaître ces versets comme des Āyāt mutashābihāt, c’est-à-dire des versets qui doivent être étudiés et interprétés pour être compris.
Nos lecteurs sont rappelés au fait qu’Allah ﷻ a déclaré à plusieurs reprises qu’Il a envoyé le Coran à un peuple qui réfléchit, médite et contemple :
« Ainsi Allah vous expose Ses versets afin que vous réfléchissiez. » — Al-Baqarah 2 : 219 (explication)
« Ne méditent-ils donc pas sur le Coran ? S’il provenait d’un autre qu’Allah, ils y trouveraient certes maintes contradictions. » — Al-Nisā’ 4 : 82 (explication)
« C’est ainsi que Nous détaillons Nos signes pour des gens qui réfléchissent. » — Yūnus 10 : 24 (explication)
« Un Livre béni que Nous avons fait descendre sur toi afin qu’ils méditent ses versets et que les doués d’intelligence en tirent rappel. » — Sād 38 : 29 (explication)
« Pourquoi ne méditent-ils pas sur le Coran ? Ou y a-t-il des cadenas sur leurs cœurs ? » — Muḥammad 47 : 24 (explication)
Le Coran avertit que ceux qui ne pensent pas ont un statut terrible auprès d’Allah ﷻ :
« Les pires des êtres, auprès d’Allah, sont les sourds-muets qui ne raisonnent pas. » — Al-Anfāl 8 : 22 (explication)
On doit penser pour étudier le Coran, précisément parce qu’il y a dans le Coran un savoir qui ne peut être accessible qu’à ceux qui pensent. L’art de penser exige que la faculté rationnelle et l’intuition intérieure soient employées, en harmonie, pour atteindre ce que le Coran décrit comme Majma‘ al-Baḥrayn — l’endroit où se rencontrent les deux océans de la connaissance (interne et externe). Ce n’est qu’ainsi que les Āyāt mutashābihāt peuvent être pénétrées et comprises.
C’est précisément parce que les Dār al-‘Ulūm d’aujourd’hui n’invitent plus les étudiants à réfléchir et méditer sur le Coran — tout en l’étudiant — que les diplômés des Dār al-‘Ulūm n’ont aucune idée de ce que le Coran a offert pour expliquer l’étrange et mystérieuse réalité du monde actuel. En fait, si un étudiant ose penser, il pourrait être renvoyé du Dār al-‘Ulūm !
Ce défaut dangereux des Dār al-‘Ulūm dans la méthodologie d’étude du Coran doit être reconnu comme le plus grand obstacle empêchant aujourd’hui le monde de l’érudition islamique de sortir de l’abîme intellectuel stagnant dans lequel il est tombé il y a bien longtemps.
La méthodologie salafie, quant à elle, insiste sur le fait que toute la connaissance du Coran a déjà été expliquée par le Prophète béni ﷺ et les premiers musulmans (les Aslāf), et qu’aucune nouvelle connaissance tirée du Coran n’est possible. Pourquoi donc, demandons-nous à nos frères salafis, Allah ﷻ déclare-t-Il avoir envoyé le Coran à un peuple qui pense ?
Comment, alors, pourrons-nous jamais trouver dans le Coran ce qui explique la réalité d’un monde moderne dominé par une civilisation occidentale moderne, mystérieuse et sans Dieu, surgie du sein corrompu de cette partie du monde chrétien qui s’est séparée de Constantinople ? Ces chrétiens qui prirent la route de l’Ouest furent éprouvés par Allah ﷻ et échouèrent à l’épreuve lorsqu’ils abandonnèrent la Loi sacrée et allèrent pêcher le jour du Sabbat, en violation de la Loi du Sabbat ! Allah ﷻ envoya alors contre eux à la fois Dajjāl, le faux Messie, et Gog et Magog :
« Et voici que ton Seigneur a proclamé qu’Il enverrait contre eux jusqu’au Jour de la Résurrection ceux qui les infligeraient à un supplice sévère… » — Al-A‘rāf 7 : 167 (explication)
Nous devons penser pour pénétrer le Coran
Nos lecteurs doivent se rappeler qu’Allah ﷻ a envoyé le Coran à un peuple qui pense de telle manière qu’il cherche à pénétrer les sens intérieurs du Coran :
« En cela, il y a certes des signes pour les qui savent discerner (li-l-mutawassimīn). » — Al-Ḥijr 15 : 75 (explication)
Muḥammad Asad commente ce verset en ces termes : dans sa pleine signification, le terme mutawassim désigne « celui qui applique son esprit à l’étude de l’apparence extérieure d’une chose en vue d’en comprendre la nature réelle et les caractéristiques internes » (Zamakhsharī et Rāzī).
Cela devrait être aussi clair que la lumière du jour pour ceux qui pensent : Allah ﷻ a envoyé les Āyāt mutashābihāt du Coran afin que les croyants soient contraints de penser pour les pénétrer et les comprendre. Les croyants y sont obligés, bien qu’Allah ﷻ ait déclaré (cf. plus haut) que Lui seul peut confirmer qu’une interprétation du Coran est correcte.
Plusieurs implications découlent de ce verset. La première — et la plus importante — est que si les Āyāt mutashābihāt doivent être un jour pénétrées et correctement comprises, le Coran doit être étudié comme un tout harmonieux et intégré, et non comme des parties disparates. En vérité, Allah ﷻ a explicitement condamné ceux qui morcellent le Coran en parties, car une telle méthodologie ne livrera jamais l’infinie science et la sagesse que le Coran a à offrir :
« Ceux qui ont fait du Coran des fragments… Par ton Seigneur ! Nous les interrogerons tous, sur ce qu’ils faisaient. » — Al-Ḥijr 15 : 90-93 (explication)
La seconde implication est que l’étudiant ne doit jamais aborder les Āyāt mutashābihāt du Coran à la recherche d’interprétations permettant d’appuyer son agenda sectaire. Non seulement une telle méthodologie échouerait à livrer l’interprétation correcte de ces versets, mais en outre un tel étudiant commettrait un acte d’irrespect envers le Coran.
Ce livre conseille donc à ceux qui s’identifient à des mouvements sectaires de s’abstenir d’aborder le Coran à la recherche de ce qui pourrait servir leur agenda. Autrement dit, lorsqu’un croyant aborde le Coran pour l’étudier, il doit déposer son identité sectaire et l’étudier en tant que musulman simple et pur. Seul un tel étudiant peut réussir l’étude du Coran.
Nous adressons un défi aimable à ceux qui défendent la méthodologie salafie — et qui sont donc tenus de chercher une explication du Jasad siégeant sur le trône de Sulaymān عليه السلام par une méthodologie différente de celle utilisée dans ce livre — de répondre aux vues exprimées ici au sujet du Jasad.
Nous demandons également : pourquoi les Dār al-‘Ulūm ont-elles aussi abandonné l’étude sérieuse du Coran ? Où sont les preuves que les diplômés des Dār al-‘Ulūm sont jamais invités à réfléchir et méditer sur le Coran dans le processus d’une véritable étude du Livre ? La triste réalité est qu’ils sortent des Dār al-‘Ulūm dépourvus même de la connaissance de la méthodologie d’étude du Coran.
Ce livre est donc écrit avec le but précis d’inviter — respectueusement — une réponse savante à nos vues exprimées sur ce sujet du Jasad, de la part de ceux qui défendent la méthodologie salafie, ainsi que de ceux qui défendent la méthode selon laquelle le Coran est enseigné et étudié dans les Dār al-‘Ulūm.
Chapitre 2 — Qui est Dajjâl, le Faux Messie ou l’Antéchrist ?
Étant donné que le vrai Messie régnera sur le monde depuis Jérusalem, et donc depuis un État successeur à l’État sacré d’Israël qui fut établi par les Prophètes David, c’est-à-dire Nabī Dāwūd عليه السلام, et Salomon, c’est-à-dire Nabī Sulaymān عليه السلام, l’implication incontournable est que Dajjâl, l’être malfaisant, chercherait à régner sur le monde depuis Jérusalem tout en gouvernant un État d’Israël qui serait présenté (à tort) comme l’État sacré d’Israël de David et de Salomon عليهما السلام.
Le Prophète Muḥammad ﷺ l’a désigné sous le nom de al-Masīḥ ad-Dajjāl. Par conséquent, nous savons qu’il s’agit d’un être malfaisant qui veut usurper l’identité du vrai Messie, Jésus, fils de la Vierge Marie عليهما السلام.
Le Prophète Muḥammad ﷺ a aussi prophétisé que, lorsque Jésus reviendra dans ce monde, il reviendra comme un dirigeant juste :
« لَا تَقُومُ السَّاعَةُ حَتَّى يَنْزِلَ فِيكُمُ ابْنُ مَرْيَمَ قَاضِيًا مُقْسِطًا… » — (Ṣaḥīḥ al-Bukhārī)
« L’Heure ne surviendra pas tant que le fils de Marie n’aura pas descendu parmi vous en tant que dirigeant juste… »
Notre avis est que Jésus ne peut régner qu’à partir d’un État sacré (également appelé État de Khilāfa), et qu’un tel État sacré devrait être établi à Jérusalem.
Le Coran a fait référence à un grand État sacré ou Royaume qu’Allah ﷻ, le Très-Haut, a ordonné pour le peuple israélite, progéniture d’Abraham, c’est-à-dire Nabī Ibrāhīm عليه السلام :
« أَمْ يَحْسُدُونَ النَّاسَ عَلَى مَا آتَاهُمُ ٱللَّهُ مِن فَضْلِهِ ۖ فَقَدْ آتَيْنَآ آلَ إِبْرَٰهِيمَ ٱلْكِتَٰبَ وَٱلْحِكْمَةَ وَءَاتَيْنَٰهُم مُّلْكًا عَظِيمًا » — Al-Nisā’ 4:54
« Envient-ils donc aux gens ce qu’Allah ﷻ leur a donné de par Sa grâce ? Or, Nous avons donné à la maison d’Abraham le Livre et la sagesse, et Nous leur avons accordé un royaume immense » (c’est-à-dire l’État sacré d’Israël).
Le Coran a de nouveau fait référence à ce Royaume sur lequel Nabī Dāwūd عليه السلام régna, et a dévoilé qu’Allah ﷻ, le Très-Haut, le renforça :
« وَشَدَدْنَا مُلْكَهُۥ وَءَاتَيْنَٰهُ ٱلْحِكْمَةَ وَفَصْلَ ٱلْخِطَابِ » — Ṣād 38:20
« Et Nous renforçâmes son royaume — l’État sacré d’Israël — et Nous lui accordâmes la sagesse et la capacité de juger avec sagacité. »
Étant donné que le vrai Messie régnera sur le monde depuis Jérusalem, et donc à partir d’un État sacré comparable à l’État sacré d’Israël qui fut établi par les Prophètes David عليه السلام et Salomon عليه السلام, l’implication incontournable est que Dajjâl, l’être malfaisant, devrait chercher à régner sur le monde depuis Jérusalem tout en gouvernant un grand État d’Israël qui serait présenté (à tort) comme l’État sacré d’Israël de David et de Salomon عليهما السلام. Nous avons expliqué ce sujet dans plusieurs de nos ouvrages d’eschatologie islamique, par exemple Jerusalem in the Qur’ān, Dajjāl the Qur’ān and Awwal al-Zamān, etc.
Par conséquent, si Dajjâl veut usurper avec succès l’identité du vrai Messie, il lui faudra gouverner un État sacré qui devra être situé à Jérusalem.
Examinons à présent le passage du Coran afin de déterminer les implications de la vision divine présentée à Salomon عليه السلام, dans laquelle il vit un Jasad assis sur son trône :
« وَلَقَدْ فَتَنَّا سُلَيْمَٰنَ وَأَلْقَيْنَا عَلَىٰ كُرْسِيِّهِ جَسَدًا ثُمَّ أَنَابَ ۞ قَالَ رَبِّ ٱغْفِرْ لِى وَهَبْ لِى مُلْكًا لَّا يَنبَغِى لِأَحَدٍ مِّنۢ بَعْدِىٓ ۖ إِنَّكَ أَنتَ ٱلْوَهَّابُ » — Ṣād 38:34-35
« Oui, Nous avons éprouvé Salomon, lorsque Nous avons placé un Jasad sur son trône ; alors il revint vers Nous dans le repentir, et il dit : “Ô mon Seigneur-Dieu ! Pardonne-moi mes fautes, et accorde-moi un royaume qu’aucun, après moi, ne pourra hériter : en vérité, c’est Toi certes, le Grand Donateur !” »
Il devrait être clair pour le lecteur bienveillant que Salomon عليه السلام reconnut deux choses dans cette vision :
Premièrement, que le Jasad était un être véritablement malfaisant ;
Deuxièmement, que ce Jasad malfaisant voulait hériter de son Royaume — l’État sacré d’Israël.
La détresse de Salomon عليه السلام face à cette vision fut si grande, et son rejet absolu de toute possibilité que le Jasad puisse jamais réussir dans sa mission de gouverner l’État sacré d’Israël fut tel, qu’il adressa immédiatement une prière à Allah ﷻ, le Très-Haut, afin que personne ne puisse jamais hériter de son Royaume après lui. Ainsi, il préféra que l’État sacré d’Israël périsse, plutôt que de laisser subsister la possibilité qu’il puisse un jour être hérité par ce Jasad malfaisant.
Qui donc pouvait être ce Jasad qui fut montré à Salomon عليه السلام assis sur son trône ? Le chapitre suivant tente de répondre à cette question d’importance suprême.
Chapitre 3 — Qui était le Jasad assis sur le trône de Salomon ?
À la suite de l’utilisation de notre méthodologie pour l’étude du Coran, nous avons reconnu dans le Jasad qui fut montré à Salomon عليه السلام assis sur son trône, Dajjâl, le faux Messie ; et Allah ﷻ sait mieux !
Notre avis est que Dajjâl, le Jasad, ne possède pas le même Rūḥ, ou esprit, que celui des êtres humains, et c’est cela qui a fait de lui un Jasad ; et Allah ﷻ sait mieux !
Lorsque Moïse عليه السلام fut appelé à gravir le mont Sinaï pour rencontrer Allah ﷻ, le Très-Haut, quelqu’un connu sous le nom de Sāmiriyy — qui semble avoir eu un doctorat d’ingénierie — demanda aux Israélites de lui remettre tout leur or. Il façonna alors un veau d’or et le présenta aux Israélites qui déclarèrent aussitôt que c’était leur Dieu, et le Dieu de Moïse ! Il fit un travail si excellent en forgeant ce veau que, lorsque le vent soufflait, le veau meuglait à peu près de la même façon qu’une vache vivante meugle !
« فَأَخْرَجَ لَهُمْ عِجْلًا جَسَدًا لَّهُ خُوَارٌ فَقَالُوا هَٰذَآ إِلَٰهُكُمْ وَإِلَٰهُ مُوسَىٰ فَنَسِيَ » — Ṭā Hā 20 : 88
« Puis il fit sortir pour eux un veau, un Jasad, qui mugissait. Ils dirent : “Voilà votre dieu et le dieu de Moïse, mais Moïse a oublié !” »
Le Coran déclara de ce veau d’or que c’était un Jasad, c’est-à-dire un corps sans vie, ou un corps sans âme.
Dans le cas de la vision, toutefois, Salomon عليه السلام n’a pas pu voir un veau assis sur son trône. Il devait plutôt s’agir d’un être humain, puisqu’un être humain seulement pourrait chercher à hériter de son royaume.
Le Coran a aussi employé Jasad pour désigner un corps qui ne consomme pas de nourriture :
« وَمَا جَعَلْنَاهُمْ جَسَدًا لَّا يَأْكُلُونَ ٱلطَّعَامَ وَمَا كَانُوا خَٰلِدِينَ » — Al-Anbiyā’ 21 : 8
« Nous ne leur avons pas donné des corps (Jasad) qui puissent se passer de nourriture, et ils n’étaient pas immortels. »
Un Jasad qui s’assoit sur le trône de Salomon عليه السلام et que Salomon perçoit comme quelqu’un qui veut hériter de son royaume doit être une personne — et non un simple corps sans vie — il lui faudrait donc consommer de la nourriture !
Qui, ou quoi, était donc le Jasad que Allah ﷻ, le Très-Haut, montra à Salomon عليه السلام dans une vision, assis sur son trône ?
À la suite de l’utilisation de notre méthodologie pour l’étude du Coran, nous avons reconnu dans le Jasad qui fut montré à Salomon عليه السلام assis sur son trône Dajjâl, le faux Messie ; et Allah ﷻ sait mieux ! Si notre interprétation est correcte, alors les Āyāt Mutashābihāt concernant le Jasad constitueraient les plus importantes de toutes ces catégories de versets dans le Coran. Il doit en être ainsi puisque Nabī Muḥammad ﷺ a déclaré que Dajjâl ferait subir à l’humanité les plus grandes épreuves et tribulations depuis Adam عليه السلام jusqu’au Dernier Jour.
Nous en sommes arrivés à cette conclusion parce que Dajjâl est décrit comme un être malfaisant, et parce qu’il devra régner depuis Jérusalem, sur un État d’Israël, avant de pouvoir prétendre être le Messie et espérer que sa revendication fallacieuse soit acceptée par les Juifs, ainsi que par ces chrétiens sionistes qui sont en alliance avec les Juifs.
Si nous nous trompons dans notre interprétation qui identifie le Jasad à Dajjâl, le faux Messie, nos critiques doivent nous informer qui, ou quoi, était ce Jasad qui a provoqué une telle réaction de la part de Salomon عليه السلام ?
Quelles sont les implications de Dajjâl en tant que Jasad humain ?
Puisque le Prophète Muḥammad ﷺ a déclaré que Dajjâl serait un Juif, et qu’il serait un jeune homme, puissamment bâti, portant les favoris bouclés que la Torah ordonne aux hommes, l’implication incontournable est que Dajjâl fera son apparition sous forme humaine. Lorsque nous le regarderons, nous ne verrons rien d’autre qu’un être humain, mais nous savons du Coran qu’il est un Jasad. La question se pose donc maintenant : si Dajjâl est un être humain et qu’il est aussi un Jasad, en quoi Dajjâl diffère-t-il d’un être humain normal ?
Notre réponse est que cela ne peut concerner que le Rūḥ, ou l’esprit divin, qu’Allah ﷻ, le Très-Haut, a insufflé en tout être humain — de sorte qu’un être humain peut non seulement voir, entendre et manifester de l’intelligence (comme les animaux voient, entendent et agissent avec intelligence), mais possède en plus une vue, une audition et une faculté rationnelle supplémentaires :
« ثُمَّ سَوَّاهُ وَنَفَخَ فِيهِ مِن رُّوحِهِۦ وَجَعَلَ لَكُمُ ٱلسَّمْعَ وَٱلْأَبْصَٰرَ وَٱلْأَفْـِٔدَةَ قَلِيلًا مَّا تَشْكُرُونَ » — Al-Sajda 32 : 9
« Puis Il lui donna sa forme harmonieuse et insuffla en lui de Son Esprit, et Il vous a assigné l’ouïe, la vue et des cœurs [pour acquérir la connaissance] — combien peu vous êtes reconnaissants ! »
Le Coran se réfère à la capacité de vision interne qui est localisée dans le cœur :
« أَفَلَمْ يَسِيرُوا۟ فِى ٱلْأَرْضِ فَتَكُونَ لَهُمْ قُلُوبٌ يَعْقِلُونَ بِهَآ أَوْ ءَاذَانٌ يَسْمَعُونَ بِهَا ۖ فَإِنَّهَا لَا تَعْمَى ٱلْأَبْصَٰرُ وَلَٰكِن تَعْمَى ٱلْقُلُوبُ ٱلَّتِى فِى ٱلصُّدُورِ » — Al-Ḥajj 22 : 46
« Ne parcourent-ils donc pas la terre afin que leurs cœurs deviennent vivants et qu’ils puissent alors réfléchir, et afin qu’ils puissent entendre ce qui autrement ne pourrait être entendu ? Ce ne sont pas, en vérité, les yeux qui s’aveuglent, mais s’aveuglent les cœurs qui sont dans les poitrines. »
Le Coran avertit aussi qu’Allah ﷻ peut sceller le cœur humain de telle manière que la capacité interne de voir, d’entendre et de recevoir une connaissance intérieure ne soit plus possible :
« خَتَمَ ٱللَّهُ عَلَىٰ قُلُوبِهِمْ وَعَلَىٰ سَمْعِهِمْ ۖ وَعَلَىٰٓ أَبْصَٰرِهِمْ غِشَٰوَةٌ وَلَهُمْ عَذَابٌ عَظِيمٌ » — Al-Baqarah 2 : 7
« Allah a scellé leurs cœurs et leur ouïe ; et sur leurs yeux il y a un voile. Et pour eux est un châtiment immense. »
Notre avis — et Allah ﷻ sait mieux — est que Dajjâl, le Jasad, ne possède pas le même Rūḥ, ou esprit, que celui des êtres humains, et c’est cela qui a fait de lui un Jasad.
Puisque le Prophète ﷺ l’a décrit comme un être malfaisant, l’implication est qu’il a été créé ainsi et, de ce fait, ne porte aucune responsabilité pour ses actes. Il n’a pas été créé comme un être moral, et par conséquent ses actions ne relèvent pas d’une conduite (morale). L’implication est qu’il ne possède pas la liberté dont disposent les êtres humains pour opérer un choix libre. Il ne possède pas de libre arbitre, ni de volonté autodirigée. Il ne possède pas non plus la capacité de pensée indépendante que les êtres humains détiennent grâce à leur intellect créatif. En d’autres termes, Dajjâl, le Jasad, est programmé de l’extérieur pour agir de la manière qui est la sienne. On peut le comparer à un automate doté de façon externe d’intelligence.
Implications supplémentaires
L’implication supplémentaire, selon nous, de notre reconnaissance de Dajjâl en tant que Jasad, est qu’il tenterait de transformer toute l’humanité en Jasads comme lui.
Le Coran avertit — avertissement qui doit être reconnu comme visant principalement ceux qui ne répondent pas correctement aux fitan, c’est-à-dire aux tests et épreuves posés par Dajjâl — que des multitudes seront réduites à un statut équivalant à celui du bétail, et qu’elles seront alors un peuple destiné au Feu de l’Enfer. Lorsque nous examinons le monde musulman contemporain et les réponses presque universellement négatives à notre tentative d’enseigner et d’expliquer la réalité du monde d’aujourd’hui, il devrait être clair que des multitudes de musulmans ont déjà été réduites au statut de bétail :
« وَلَقَدْ ذَرَأْنَا لِجَهَنَّمَ كَثِيرًا مِّنَ ٱلْجِنِّ وَٱلْإِنسِ ۖ لَهُمْ قُلُوبٌ لَّا يَفْقَهُونَ بِهَا وَلَهُمْ أَعْيُنٌ لَّا يُبْصِرُونَ بِهَا وَلَهُمْ ءَاذَانٌ لَّا يَسْمَعُونَ بِهَا ۚ أُو۟لَٰٓئِكَ كَٱلْأَنْعَٰمِ بَلْ هُمْ أَضَلُّ ۚ أُو۟لَٰٓئِكَ هُمُ ٱلْغَٰفِلُونَ » — Al-A‘rāf 7 : 179
« Nous avons certes destiné pour l’Enfer un grand nombre de djinns et d’hommes : ils ont des cœurs avec lesquels ils ne comprennent pas, des yeux avec lesquels ils ne voient pas, et des oreilles avec lesquelles ils n’entendent pas. Ceux-là sont comme du bétail — non, plus égarés encore ! Ceux-là sont les véritables insouciants. »
Le Coran avertit en outre que ceux qui sont réduits à la cécité intérieure — et deviennent ainsi des Jasads comme Dajjâl — resteront aveugles dans l’autre monde également :
« وَمَن كَانَ فِى هَٰذِهِۦٓ أَعْمَىٰ فَهُوَ فِى ٱلْـَٔاخِرَةِ أَعْمَىٰ وَأَضَلُّ سَبِيلًا » — Al-Isrā’ 17 : 72
« Quiconque est aveugle ici-bas sera aveugle dans l’Au-delà, et plus égaré encore loin du chemin [de la vérité]. »
Quiconque a des yeux et ne voit pourtant pas serait devenu un Jasad à l’image de Dajjâl. Comment donc Dajjâl réduit-il les gens à un état de cécité intérieure ? Comment Dajjâl amène-t-il les gens à cesser de penser — si bien qu’il penserait à leur place ? Et comment les amène-t-il à cesser d’user de leur propre libre arbitre pour faire les bons choix dans la vie — si bien qu’il choisirait à leur place ? Nous devons découvrir comment Dajjâl parvient à faire danser les masses humaines au rythme de chacune de ses musiques.
Il est donc d’une importance capitale pour nos lecteurs qu’ils aient quelque aperçu des stratégies que Dajjâl emploiera pour réduire la majeure partie de l’humanité en Jasads comme lui. C’est à ce sujet que nous nous tournons maintenant.
Chapitre 4 — Comment Dajjâl réduit les êtres humains en Jasads comme lui ?
Peut-être que la première, et la plus répandue, des voies par lesquelles Dajjâl réalise son objectif de transformer des êtres humains en Jasads comme lui consiste à tenter les gens à commettre des péchés qui aboutissent à la perte du Nūr intérieur, c’est-à-dire de la lumière. De tels péchés seraient, par exemple, le Ribā — prêter ou emprunter de l’argent à intérêt, ou s’emparer des biens des gens par la tromperie —, ou encore le péché de Zinā, c’est-à-dire le rapport sexuel avec une personne avec laquelle cela n’est pas licite, donc quelqu’un qui n’est ni une épouse par le mariage ni une Milk al-Yamīn.
Mais son arme la plus redoutable est à l’œuvre lorsqu’il parvient à convaincre un croyant de choisir la Ḥayāt ad-Dunyā, c’est-à-dire la vie d’ici-bas, plutôt que l’Ākhirah, c’est-à-dire l’au-delà.
Le Coran a adressé un avertissement sévère à ceux qui préfèrent la vie d’ici-bas à l’au-delà, et qui sont, par conséquent, réduits à devenir des Kāfir. Dajjâl porte le mot Kāfir — « mécréant » — écrit entre ses yeux, sur son front, et c’est pourquoi il constitue le danger suprême pour la foi des croyants :
« الَّذِينَ يَسْتَحِبُّونَ ٱلْحَيَوٰةَ ٱلدُّنْيَا عَلَى ٱلْـَٔاخِرَةِ وَيَصُدُّونَ عَن سَبِيلِ ٱللَّهِ وَيَبْغُونَهَا عِوَجًا ۚ أُو۟لَٰٓئِكَ فِى ضَلَٰلٍۢ بَعِيدٍ » — Ibrāhīm 14 : 3
« Ceux qui préfèrent la vie d’ici-bas à l’Au-delà, qui détournent (les gens) du chemin d’Allah ﷻ et cherchent à y voir quelque chose de tortueux — ceux-là sont égarés loin dans l’erreur. »
Mais Dajjâl atteint également cet objectif par un processus soutenu de lavage de cerveau, si bien que les gens ne pensent plus par eux-mêmes et ne font plus leurs propres choix indépendants dans la vie. Au contraire, Dajjâl les conditionne à ce point qu’il pense pour eux et choisit pour eux. À mesure que Dajjâl réussit dans cette mission, il finit par émerger une société mondiale dans laquelle ceux des hommes ainsi conditionnés vivent tous de la même manière essentiellement sans Dieu, dépourvus de compréhension de la réalité du monde dans lequel ils vivent.
Ils danseront alors au rythme de chaque musique que Dajjâl joue, et quiconque refusera de danser sera attaqué et puni « à la vénézuélienne ».
Les lecteurs qui possèdent encore la capacité de penser reconnaîtront que Dajjâl a largement accompli cette mission. D’autres, qui ont perdu la capacité de penser — ou qui ont abandonné la réflexion parce qu’elle interfère avec la jouissance de la vie d’ici-bas — seront stupéfaits d’apprendre que Dajjâl est l’architecte de la société mondiale d’aujourd’hui.
De la même manière que Dajjâl trompe les Shayāṭīn (pluriel de Satan) parmi les Jinns pour exécuter ses plans, de même a-t-il déjà trompé un grand nombre d’êtres humains qui furent mis à l’épreuve et échouèrent. L’exemple classique réside dans le « djihad » fallacieux actuel en Syrie, dans le Shirk de l’État moderne et dans le Ribā du système monétaire.
Les Jinns comme les êtres humains ont la capacité de penser — plutôt que d’agir aveuglément d’une manière qui serve Dajjâl. Les Jinns comme les êtres humains seront donc tenus pour responsables devant Allah ﷻ, le Très-Haut, au Jour du Jugement, s’ils laissent Dajjâl les tromper et les pousser à le suivre au lieu de suivre la Vérité provenant d’Allah ﷻ, le Très-Haut.
Ce qui attend l’humanité dans un avenir pas si lointain est encore pire, à mesure que des millions d’enfants grandissent pour devenir des adultes sans capacité de penser — parce que leur processus de pensée a été endommagé par les smartphones, l’internet sans fil, etc.
« وَلَقَدْ ذَرَأْنَا لِجَهَنَّمَ كَثِيرًا مِّنَ ٱلْجِنِّ وَٱلْإِنسِ ۖ لَهُمْ قُلُوبٌ لَّا يَفْقَهُونَ بِهَا وَلَهُمْ أَعْيُنٌ لَّا يُبْصِرُونَ بِهَا وَلَهُمْ ءَاذَانٌ لَّا يَسْمَعُونَ بِهَا ۚ أُو۟لَٰٓئِكَ كَٱلْأَنْعَٰمِ بَلْ هُمْ أَضَلُّ ۚ أُو۟لَٰٓئِكَ هُمُ ٱلْغَٰفِلُونَ » — Al-A‘rāf 7 : 179
« Et Nous avons certes destiné à l’Enfer beaucoup de djinns et d’hommes : ils ont des cœurs avec lesquels ils ne comprennent pas, des yeux avec lesquels ils ne voient pas, et des oreilles avec lesquelles ils n’entendent pas. Ceux-là sont comme du bétail — non, plus égarés encore ! Ceux-là sont les véritables insouciants. »
Malcolm X et le Jasad
Aucun Musulman de l’époque moderne n’a manifesté une plus grande pénétration du concept de Jasad que Malcolm X. Près de 60 ans se sont écoulés depuis que Malcolm a stupéfié le monde par sa description brillante de « l’esclave de maison » et de la manière dont il diffère de « l’esclave des champs ». En vérité, l’« esclave de maison » de Malcolm — ou house Negro — est un Jasad puisqu’il est à la fois extérieurement et intérieurement esclave :
Vous avez donc deux types de Noirs, l’ancien type et le nouveau type. La plupart d’entre vous connaissent l’ancien type. Quand vous lisez son histoire à l’époque de l’esclavage, on l’appelait « Uncle Tom ». C’était le Noir de maison. Et durant l’esclavage, il y avait deux Noirs : le Noir de maison et le Noir des champs.
Le Noir de maison vivait généralement près de son maître. Il s’habillait comme son maître. Il portait les vêtements de seconde main de son maître. Il mangeait la nourriture que son maître laissait sur la table. Et il vivait dans la maison de son maître — probablement au sous-sol ou au grenier — mais il vivait tout de même dans la maison du maître.
Ainsi, chaque fois que ce Noir de maison se désignait, il s’identifiait toujours dans le même sens que son maître s’identifiait. Quand son maître disait : « Nous avons de la bonne nourriture », le Noir de maison disait : « Oui, nous avons plein de bonne nourriture. » « Nous » avons plein de bonne nourriture. Quand le maître disait « Nous avons ici une belle maison », le Noir de maison disait : « Oui, nous avons ici une belle maison. » Quand le maître tombait malade, le Noir de maison s’identifiait tellement à son maître qu’il disait : « Qu’est-ce qu’il y a, patron, nous sommes malades ? » La douleur de son maître était sa douleur. Et cela lui faisait plus mal que son maître soit malade que d’être malade lui-même.
Quand la maison commençait à brûler, ce type de Noir se battait plus dur que le maître lui-même pour éteindre l’incendie de la maison du maître.
Mais il y avait un autre Noir, dehors dans les champs. Le Noir de maison était minoritaire. Les masses — les Noirs des champs — étaient les masses. Ils étaient majoritaires. Quand le maître tombait malade, ils priaient pour qu’il meure. [Rires] Si sa maison prenait feu, ils priaient pour qu’un vent vienne attiser la brise.
Si quelqu’un venait voir le Noir de maison et disait : « Allons-y, séparons-nous », naturellement cet Uncle Tom répondrait : « Aller où ? Que pourrais-je faire sans le patron ? Où vivrais-je ? Comment m’habillerais-je ? Qui veillerait sur moi ? » Voilà le Noir de maison. Mais si vous alliez voir le Noir des champs et disiez : « Allons-y, séparons-nous », il ne vous demanderait même pas où ou comment. Il dirait : « Oui, allons-y », et l’affaire serait réglée.
Nous avons donc aujourd’hui un Noir de maison version XXe siècle, un Uncle Tom du XXe siècle. Il est tout autant un Uncle Tom aujourd’hui que l’était Uncle Tom il y a 100 ou 200 ans. Seulement, c’est un Uncle Tom moderne. Cet Uncle Tom-là portait un mouchoir autour de la tête. Cet Uncle Tom-ci porte un haut-de-forme. Il est chic. Il s’habille comme vous. Il parle la même phraséologie, le même langage. Il essaie de le parler mieux que vous. Il parle avec les mêmes accents, la même diction. Et quand vous dites « votre armée », il dit « notre armée ». Il n’a personne pour le défendre, mais chaque fois que vous dites « nous », il dit « nous » : « notre président », « notre gouvernement », « notre Sénat », « nos membres du Congrès », « notre ceci et notre cela ». Et il n’a même pas de place dans ce « notre », même tout au bout de la file. Voilà le Noir du XXe siècle. Chaque fois que vous dites « vous », pronom personnel au singulier ou au pluriel, il l’emploie avec vous. Quand vous dites que vous avez des ennuis, il dit : « Oui, nous avons des ennuis. »
Mais il y a un autre type d’homme noir sur la scène. Si vous dites que vous avez des ennuis, il dit : « Oui, c’est vous qui avez des ennuis. » [Rires] Il ne s’identifie en rien à votre situation.
SOURCE : X, Malcolm. « The Race Problem ». African Students Association and NAACP Campus Chapter. Michigan State University, East Lansing, Michigan. 23 janvier 1963.
L’« esclave de maison », tel que décrit par Malcolm, correspond parfaitement à la description d’un être humain que Dajjâl a réduit à l’état de Jasad.
Les Jasads ont proliféré en Amérique du Nord à un point tel, ces soixante dernières années, que si Malcolm était vivant aujourd’hui, il serait interdit de conférence dans la plupart des Masājid, et il ne serait jamais invité à s’exprimer lors d’aucune des méga-conventions musulmanes aux États-Unis ou au Canada — où 15 000 personnes ou davantage se rassemblent pour être conditionnées par une marque cosmétique d’islam approuvée par le maître-esclavagiste.
Chapitre 5 — Le Jasad, les Jinns et la mort de Salomon عليه السلام
Il semble que l’opinion presque universellement admise soit que Salomon عليه السلام soit mort alors qu’il était assis, peut-être sur son trône, et que ce soit son corps physique sans vie qui se soit finalement effondré après que des vers de terre eurent passé un temps interminable à ronger la base de son bâton. Notre avis est que c’est le Jasad qui était assis sur le trône depuis la mort de Salomon, et qu’il utilisait la Minsā-ah de son bâton pour voyager en avant et en arrière dans le « temps », afin de présenter aux Jinns des images vivantes de Salomon.
Cependant, lorsque Dābbat al-Arḍ consuma la Minsā-ah du bâton de Salomon, le Jasad perdit la capacité de présenter aux Jinns ces images vivantes de Salomon le montrant assis sur son trône et se mouvant. Ce furent ces images de Salomon qui s’effondrèrent et disparurent lorsque la Minsā-ah du bâton fut consumée, et non le corps physique de Salomon ; et ce ne fut qu’alors que les Jinns réalisèrent que la personne assise sur le trône tout ce temps n’était pas Salomon, mais bien quelqu’un d’autre.
Revenons maintenant au Jasad qui fut montré assis sur le trône de Salomon ; cette fois, cependant, le Coran nous oriente vers le moment de la mort de Salomon عليه السلام. Allah ﷻ avait ordonné aux Jinns de travailler pour Salomon عليه السلام et les avait avertis d’un châtiment sévère s’ils désobéissaient :
« وَمِنَ ٱلْجِنِّ مَن يَعْمَلُ بَيْنَ يَدَيْهِ بِإِذْنِ رَبِّهِ ۖ وَمَن يَزِغْ مِنْهُمْ عَنْ أَمْرِنَا نُذِقْهُ مِنْ عَذَابِ ٱلسَّعِيرِ » — Saba’ 34 : 12
Et parmi les Jinns, certains avaient été ordonnés de travailler pour Salomon, par la permission de son Seigneur. Et quiconque parmi eux s’écartait de Notre ordre, Nous lui faisions goûter au châtiment du feu ardent.
Le Coran identifie ces Jinns comme des Shayāṭīn, c’est-à-dire des Jinns sataniques, et mentionne d’autres Jinns qui servaient Salomon عليه السلام tout en étant enchaînés :
« وَٱلشَّيَٰطِينَ كُلَّ بَنَّآءٍۢ وَغَوَّاصٍۢ ۞ وَءَاخَرِينَ مُقَرَّنِينَ فِى ٱلْأَصْفَادِ » — Ṣād 38 : 37-38
Et parmi les Jinns qui furent ordonnés de travailler pour Salomon, il y avait des multitudes de démons, bâtisseurs et plongeurs, et d’autres encore, liés ensemble dans les chaînes.
Venons-en à présent à ce moment précis où Salomon عليه السلام mourut, tandis que les Jinns ignoraient qu’il était mort — si bien qu’ils continuèrent à travailler jusqu’à ce que Dābbat al-Arḍ, une créature de la terre, vienne ronger la Minsā-ah du bâton de Salomon, de sorte que les images vivantes de Salomon s’effondrèrent. Ce ne fut qu’alors que les Jinns comprirent que Salomon était mort, et que s’ils l’avaient su, ils n’auraient pas travaillé si longtemps en vain.
Beaucoup de commentateurs du Coran expliquent que ce fut le corps mort de Salomon qui s’effondra ; ils interprètent donc le verset comme signifiant que Salomon mourut assis sur son trône, tenant son bâton. Certains commentateurs situent sa mort ailleurs que sur le trône :
« فَلَمَّا قَضَيْنَا عَلَيْهِ ٱلْمَوْتَ مَا دَلَّهُمْ عَلَىٰ مَوْتِهِۦٓ إِلَّا دَآبَّةُ ٱلْأَرْضِ تَأْكُلُ مِنسَأَتَهُۥ ۖ فَلَمَّا خَرَّ تَبَيَّنَتِ ٱلْجِنُّ أَن لَّوْ كَانُوا۟ يَعْلَمُونَ ٱلْغَيْبَ مَا لَبِثُوا۟ فِى ٱلْعَذَابِ ٱلْمُهِينِ » — Saba’ 34 : 14
De nos jours, beaucoup ne peuvent accéder au Coran autrement que par une traduction, et voici ce qu’ils apprennent de certaines traductions anglaises.
Traduction et commentaire de Muhammad Asad
« Pourtant [même Salomon dut mourir ; mais] lorsque Nous décrétâmes qu’il devait mourir, rien ne leur montra sa mort, sauf un ver de terre qui rongeait son bâton. Et lorsqu’il tomba à terre, ces êtres invisibles qui lui étaient soumis virent clairement que, s’ils avaient compris la réalité qui échappait à leur perception, ils n’auraient pas continué à peiner dans le supplice avilissant du servage. »
Commentaire de Muhammad Asad :
Ceci est encore une des nombreuses légendes liées à Salomon, devenue une partie intégrante de la tradition arabe ancienne, et que le Coran utilise comme véhicule pour illustrer allégoriquement certains de ses enseignements. Selon la légende évoquée ci-dessus, Salomon mourut sur son trône, penché sur son bâton, et pendant longtemps, nul ne s’aperçut de sa mort ; si bien que les Jinns, contraints de travailler pour lui, continuèrent leurs lourdes tâches. Peu à peu, cependant, une termite rongea le bâton de Salomon, et son corps, privé de soutien, tomba à terre. Cette histoire — évoquée seulement dans ses grandes lignes — est utilisée ici, semble-t-il, comme une allégorie de la fragilité de la vie humaine et de la nature éphémère et vide de toute puissance ou gloire terrestre.
Il est stupéfiant qu’Asad affirme d’un passage du Coran qu’il ne possède aucune réalité factuelle, mais qu’il s’agirait d’une légende employée par Allah ﷻ pour enseigner une leçon. Asad a dû adopter ce point de vue erroné parce qu’il rejetait la possibilité que Salomon عليه السلام fût mort pendant un long moment sans que les Jinns ne le sachent, et que ce ne fût que lorsque les vers eurent rongé la base du bâton au point de le faire tomber que le corps de Salomon s’effondra. Ce qu’Asad ignorait, c’est qu’Allah ﷻ n’a recours à aucune légende, et que c’est son incapacité à comprendre le Coran qui l’a conduit à formuler une telle interprétation fausse.
Traduction et commentaire de Abdullah Yusuf Ali
« Puis, lorsque Nous décrétâmes sa mort, rien ne leur révéla sa mort sauf un petit ver de la terre, qui rongeait lentement son bâton ; et lorsqu’il tomba, les Jinns virent clairement que, s’ils avaient connu l’invisible, ils ne seraient pas restés si longtemps dans le châtiment humiliant de leur tâche. »
Commentaire de Yusuf Ali :
Cette allégorie illustre trois points : (1) quelle que soit la grandeur du pouvoir ou de la gloire humains, ils ne durent qu’un temps et peuvent disparaître avant même que l’on prenne conscience de leur déclin ; (2) les événements les plus remarquables peuvent être révélés non par des fanfares, mais par un être humble, inconnu et invisible, qui agit imperceptiblement et sape même ce qui paraît solide, tel le bâton sur lequel s’appuie un grand homme ; (3) le travail accompli par crainte ou par force, comme celui des Jinns, ne dure pas. Ceci contraste avec la Puissance et la Majesté d’Allah ﷻ, éternelles et inébranlables, que seule une éducation du cœur et de la volonté permet d’apprécier pleinement. Ainsi, la force de David comme guerrier (voir 2:251) et son art de forger des armures ne prenaient de valeur que lorsqu’ils étaient mis au service d’Allah ﷻ dans des œuvres justes (34:11). Les Jinns voyaient leur travail comme une peine, et il devint pour eux un châtiment, tandis que le peuple de David et celui de Salomon œuvraient avec gratitude et adoration, et leur travail en fut sanctifié. Les Jinns ignoraient les secrets cachés ; ils ne percevaient que l’apparent et n’avaient même pas la clairvoyance du petit ver qui rongeait lentement le bâton de Salomon.
Traduction de Marmaduke Pickthall
« Et lorsque Nous décrétâmes sa mort, rien ne leur montra sa mort, sauf une créature rampante de la terre qui rongeait son bâton ; et lorsqu’il tomba, les Jinns virent clairement que, s’ils avaient connu l’invisible, ils n’auraient pas continué dans ce travail méprisable. »
Le simple bon sens suffit pour comprendre que si un roi d’un royaume terrestre venait à mourir dans un espace privé, les membres de sa famille et ses serviteurs s’en apercevraient très vite. Et s’il mourait dans un espace public, comme assis sur son trône, il ne faudrait pas plus d’une heure pour que sa mort soit constatée. Il est inconcevable qu’il soit resté mort sur son trône — ou ailleurs — pendant un jour entier sans que quiconque ne s’en aperçoive. Un roi assis dans sa salle du trône est entouré de sa cour et de gardes chargés de sa sécurité, qui remarqueraient en quelques minutes si quelque chose n’allait pas. En privé, un roi est approché par sa famille et ses domestiques, et il ne peut passer des heures sans qu’on lui serve un repas ; il est donc impossible que sa mort ne soit pas découverte rapidement.
Il semble donc que l’opinion presque universellement admise soit que Salomon عليه السلام mourut assis sur son trône, et que son corps sans vie se soit effondré après qu’une vermine eut rongé la base de son bâton. Mais notre compréhension est différente : c’est le Jasad qui siégeait sur le trône depuis la mort de Salomon, utilisant la Minsā-ah de son bâton pour voyager à travers le temps et présenter aux Jinns des images vivantes du prophète.
Lorsque Dābbat al-Arḍ consuma la Minsā-ah du bâton, le Jasad perdit la capacité de projeter ces images de Salomon se mouvant sur son trône. Ce furent ces images qui disparurent, et non le corps du prophète. Ce n’est qu’alors que les Jinns comprirent que celui qui était sur le trône n’était pas Salomon, mais quelqu’un d’autre.
Qui donc était assis sur le trône de Salomon tout ce temps depuis sa mort, et qui trompa les Jinns pour qu’ils travaillent pour lui tout en croyant servir Salomon عليه السلام ? Notre réponse est que Dajjâl, le Jasad, était assis sur le trône. En vérité, il est encore assis sur ce trône au moment où ce livre est écrit.
Nous reconnaissons donc que Dajjâl continuera de tromper les Jinns jusqu’à ce que Dābbat al-Arḍ, la créature de la terre, consomme le bâton de Salomon au point de détruire sa Minsā-ah — cette capacité miraculeuse qui permettait au Jasad de projeter les images vivantes de Salomon عليه السلام.
Dajjâl profite encore aujourd’hui du travail malfaisant accompli pour lui par les Shayāṭīn parmi les Jinns, ce qui explique en partie la montée de Jérusalem au centre de la scène mondiale au moment où ce livre est rédigé.
Chapitre 6 — Explication de Dābbat al-Arḍ (c’est-à-dire une bête ou créature de la terre)
Le verset du Coran concernant Dābbat al-Arḍ (c’est-à-dire Saba’, 34 : 14) a été presque universellement compris comme signifiant que des créatures vivantes semblables à des termites auraient rongé la base d’un bâton maintenu debout, lequel aurait fini par perdre son équilibre et s’effondrer. Nous ne sommes ni impressionnés ni convaincus par cette explication.
Allah ﷻ, le Très Sage, a créé ceux qui ébrèchent, morceau après morceau, la puissance et l’autorité de l’Israël du Dajjāl. Ces « rongeurs » attaquent quelque chose qui est situé dans le bâton de Salomon (c’est-à-dire la Minsā-ah) — jusqu’à ce que le bâton perde sa constitution conférée par le divin (c’est-à-dire sa fitra) qui permettait d’être utilisé pour présenter des images vivantes de Salomon de nature à convaincre les Jinns qu’il était encore vivant et assis sur son trône. Lorsque le bâton perd cette fitra miraculeuse, les images vivantes de Salomon, qui était mort depuis longtemps, s’effondrent ; et ce n’est qu’au moment où elles s’effondrent que Dajjāl, le Jasad, perd sa capacité à convaincre les Jinns que c’était Salomon عليه السلام qui siégeait sur le trône. À l’instant où cette réalité se révélera aux Jinns, l’État impie du Dajjāl — Israël — perdra l’appui séculaire des Jinns, avec des conséquences qui doivent terrifier tout Juif sioniste et tout chrétien sioniste qui soutiennent cet Israël. Voici le verset du Coran qui a livré cette information extraordinaire :
« فَلَمَّا قَضَيْنَا عَلَيْهِ ٱلْمَوْتَ مَا دَلَّهُمْ عَلَىٰ مَوْتِهِۦٓ إِلَّا دَآبَّةُ ٱلْأَرْضِ تَأْكُلُ مِنسَأَتَهُۥ ۖ فَلَمَّا خَرَّ تَبَيَّنَتِ ٱلْجِنُّ أَن لَّوْ كَانُوا۟ يَعْلَمُونَ ٱلْغَيْبَ مَا لَبِثُوا۟ فِى ٱلْعَذَابِ ٱلْمُهِينِ » — Saba’ 34 : 14
Quand Allah ﷻ décréta que Salomon عليه السلام devait mourir, les Jinns ne se rendirent jamais compte qu’il était mort, et qu’un Jasad siégeait sur son trône en possession de son bâton. Ils continuèrent donc, distraits, d’obéir et de servir le Jasad jusqu’à ce que Dābbat al-Arḍ consume la Minsā-ah du bâton. Lorsque la Minsā-ah du bâton s’effondra — au sens où elle perdit ses pouvoirs miraculeux dans le monde du « temps » — les Jinns perçurent alors la réalité devant eux : Salomon était mort, et quelqu’un d’autre était assis sur son trône. Les Jinns comprirent alors qu’ils n’auraient pas continué si longtemps à peiner dans l’avilissant supplice de la servitude à un imposteur — accomplissant toutes les mauvaises actions que l’imposteur décrétait qu’ils devaient faire au nom d’Israël — s’ils avaient usé de leur capacité à penser pour percer au-delà de l’« apparence » et atteindre la « réalité », à savoir qu’on les dupait.
Le verset ci-dessus du Coran (Saba’, 34 : 14) concernant Dābbat al-Arḍ a été presque universellement compris comme signifiant que des créatures vivantes semblables à des termites auraient rongé la base d’un bâton maintenu debout, lequel aurait fini par perdre son équilibre et s’effondrer. Nous ne sommes ni impressionnés ni convaincus par cette explication.
La méthodologie correcte exige que le Coran lui-même soit mobilisé pour expliquer le sens du mot Minsā-ah.
Nous devons commencer l’application de la bonne méthodologie en constatant que le Coran a toujours utilisé un autre mot pour « bâton », à savoir ‘aṣā. En fait, le Coran a utilisé le mot ‘aṣā pour « bâton » douze fois comme suit : al-A‘rāf, 7 : 107, 117, 160 ; Ṭā-Hā, 20 : 18, 66 ; ash-Shu‘arā’, 26 : 32, 44, 45, 63 ; an-Naml, 27 : 10 et al-Qaṣaṣ, 28 : 31.
Pourquoi Allah ﷻ s’écarterait-Il alors d’un terme ‘aṣā qu’Il a constamment employé pour signifier « bâton », et, dans ce cas unique, utiliserait-Il un autre mot, Minsā-ah, pour signifier la même chose ? Cela ne peut être accidentel. Il doit y avoir une raison à cette sortie du terme ‘aṣā au profit, dans ce seul cas, du terme Minsā-ah.
Allah ﷻ a fait descendre le Coran pour un peuple qui « réfléchit », et voici un exemple où nous sommes provoqués à « penser » afin de comprendre pourquoi un nouveau mot, Minsā-ah, est employé à la place de l’autre mot pour bâton, ‘aṣā, utilisé partout ailleurs dans le Coran.
Lorsque nous appliquons la bonne méthodologie en recherchant dans le Coran tout autre endroit où figure Minsā-ah, nous n’en trouvons qu’une seule occurrence, dans la sourate at-Tawbah, comme suit :
« إِنَّمَا ٱلنَّسِىٓءُ زِيَادَةٌۭ فِى ٱلْكُفْرِ ۖ يُضَلُّ بِهِ ٱلَّذِينَ كَفَرُوا۟ يُحِلُّونَهُۥ عَامًۭا وَيُحَرِّمُونَهُۥ عَامًۭا لِّيُوَاطِـُٔوا۟ عِدَّةَ مَا حَرَّمَ ٱللَّهُ فَيُحِلُّوا۟ مَا حَرَّمَ ٱللَّهُ ۚ زُيِّنَ لَهُمْ سُوٓءُ أَعْمَٰلِهِمْ ۗ وَٱللَّهُ لَا يَهْدِى ٱلْقَوْمَ ٱلْكَٰفِرِينَ » — at-Tawbah 9 : 37
Allah ﷻ condamne ici la pratique arabe d’interférer avec le temps et la déclare constituer un surcroît de mécréance — un moyen par lequel ceux qui s’obstinent à nier la vérité sont égarés. Ils déclarent licite cette pratique (ajouter un mois supplémentaire tous les trois ans afin que l’année lunaire s’aligne sur l’année solaire) une année et illicite une autre, pour paraître se conformer au nombre de mois qu’Allah a sanctifiés ; ce faisant, ils rendent licite ce qu’Allah a rendu illicite. Le mal de leurs actions leur paraît beau, car Allah ne guide pas un peuple mécréant.
Le verset béni ci-dessus emploie très clairement le mot an-nasī’ pour désigner le « temps ». Ici, il s’agit d’une altération du système de mesure de l’écoulement du temps, alors même qu’Allah ﷻ a décrété qu’une année comporte douze mois lunaires.
Lorsque le Prophète Muhammad ﷺ utilisa le même mot, il l’emploie aussi pour « le temps » au sens de « prolongation de la durée de vie » :
« من سرّه أن يُبسط له في رزقه ويُنسأ له في أثره فليصل رحمه » — al-Bukhārī, Muslim
« Celui qui souhaite que sa subsistance soit élargie et que sa durée (de vie) soit prolongée, qu’il entretienne les liens de parenté. »
Certains commentateurs du Coran estiment que le mot Minsā-ah ci-dessus signifie « bâton » ou « canne ». Nous tenons cette explication pour insuffisante.
Si nous acceptons cette explication du mot Minsā-ah, l’implication serait que Salomon عليه السلام tenait son bâton, et que lorsque le bâton s’effondra, son corps mort s’effondra également.
Notre compréhension de Minsā-ah
Il nous paraît évident que c’est en raison de sa possession du bâton de Salomon que le Jasad, qui siégeait sur le trône de Salomon, a pu amener les Jinns à continuer de travailler pour lui. Le bâton de Salomon devait posséder certaines puissances ou propriétés miraculeuses conférées par le divin, liées au monde du « temps », pour produire cet effet sur les Jinns.
Nous pouvons utilement nous rappeler que c’est avec son bâton — qui possédait lui aussi des pouvoirs et propriétés miraculeux — que Moïse, c’est-à-dire le Prophète Mūsā عليه السلام, frappa la mer Rouge, qui se fendit miraculeusement pour ouvrir un passage de terre sèche par lequel les Enfants d’Israël purent gagner un refuge (voir Coran, ash-Shu‘arā’, 26 : 63). C’est également avec son bâton que Moïse frappa le rocher et que douze sources d’eau jaillirent miraculeusement du rocher — une source pour chacune des douze tribus d’Israël (voir Coran, al-Baqarah, 2 : 60). C’est encore avec ce même bâton que Moïse triompha des magiciens de Pharaon lorsque son bâton devint un serpent qui avala miraculeusement tout ce qu’ils avaient produit comme magie (voir Coran, al-A‘rāf, 7 : 107-117).
Rappelons aussi que c’est avec la chemise de Yūsuf عليه السلام, posée sur le visage de son père Ya‘qūb عليه السلام, que sa vue fut rétablie miraculeusement.
Si Minsā-ah renvoie aux pouvoirs miraculeux du bâton qui rendaient possible un mouvement vers l’avant et vers l’arrière dans le temps, alors cela expliquerait comment le Jasad put se servir du bâton pour tromper les Jinns, les empêchant ainsi de réaliser que Salomon عليه السلام était mort et que quelqu’un d’autre siégeait sur son trône.
Notre avis est que la Minsā-ah permettait de présenter aux Jinns des images animées de Salomon عليه السلام, vivant et assis sur son trône — et c’est ainsi qu’ils furent trompés.
Dābbat al-Arḍ doit alors être quelque chose qui démantèle progressivement et finit par annihiler ou détruire les propriétés miraculeuses du bâton de Salomon, si bien que les images animées s’effondrèrent lorsque la Minsā-ah du bâton fut consumée.
Notre conclusion est que, puisque ni le Coran ni les hadiths du Prophète ﷺ ne corroborent le sens donné par certains commentateurs au mot Minsā-ah comme n’étant « qu’un bâton », il ne nous reste qu’une seule alternative : Minsā-ah renvoie à quelque capacité miraculeuse, liée au « temps », présente dans le bâton de Salomon.
Dābbat al-Arḍ serait alors ceux qui détruisent la capacité miraculeuse du « bâton » à permettre des déplacements simultanés en aller-retour à travers différentes dimensions du temps. C’est par ce voyage aller-retour que les jeunes gens endormis dans la grotte purent demeurer simultanément dans deux dimensions du temps (voir Coran, al-Kahf, 18 : 16-20).
Si le Jasad peut manipuler différentes dimensions du temps, il peut dès lors présenter aux Jinns l’image d’un Salomon encore vivant, tout en leur dissimulant sa mort.
Si Dajjāl, le Jasad, peut manipuler différentes dimensions du temps au moyen de la Minsā-ah du bâton de Salomon et, de la sorte, faire avancer son projet d’enfin régner sur le monde depuis la Sainte Jérusalem, nous devrons admettre que la fonction majeure de Dābbat al-Arḍ est, à terme, de faire échec à Dajjāl, le Jasad, en le privant de cette capacité miraculeuse du bâton. Ils le font en « consumant » la Minsā-ah du bâton et, ainsi, privent le bâton de ses propriétés et fonctions miraculeuses. Et Allah ﷻ sait mieux !
Dans un autre verset, le Coran décrit encore Dābbat al-Arḍ comme quelque chose qui « leur parlera » ou « les blessera » :
« وَإِذَا وَقَعَ ٱلْقَوْلُ عَلَيْهِمْ أَخْرَجْنَا لَهُمْ دَآبَّةًۭ مِّنَ ٱلْأَرْضِ تُكَلِّمُهُمْ أَنَّ ٱلنَّاسَ كَانُوا۟ بِـَٔايَٰتِنَا لَا يُوقِنُونَ » — an-Naml 27 : 82
Or, lorsque la Parole (du châtiment) s’accomplira contre eux, Nous ferons sortir pour eux de la terre une créature qui leur parlera/les blessera, parce que les gens n’avaient pas de foi certaine en Nos signes.
L’émergence de la bête ou créature de la terre, Dābbat al-Arḍ, est donc directement liée à la négligence d’un monde d’hommes qui se laissent laver le cerveau.
Le même mot arabe « تُكَلِّمُهُمْ » peut avoir deux sens différents selon la ponctuation. S’il est vocalisé tukallimuhum, il signifie « leur parler ». Mais s’il est vocalisé taklimuhum, il signifie « les blesser/les blesser au point de laisser une marque ». Les deux sens semblent s’appliquer si nous interprétons Dābbat al-Arḍ de la manière que nous venons d’exposer. Le noble compagnon du Prophète ﷺ, ‘Abdullāh ibn ‘Abbās رضي الله عنه, tenait ce point de vue (voir Tafsīr al-Qurṭubī).
Notre avis est d’identifier Dābbat al-Arḍ aux ondes électroniques invisibles émises par les écrans de télévision, les téléphones portables « intelligents » et l’internet sans fil, etc. Et Allah ﷻ sait mieux !
Déjà les abeilles peinent à retrouver leur chemin vers le pollen des fleurs et à en revenir, et, par conséquent, la production de miel, dans ce monde moderne mystérieux, est en déclin constant et alarmant.
De plus, la communication électronique par les « smartphones » et autres téléphones cellulaires transforme rapidement une grande partie du monde ainsi « connecté » en une véritable cité de bavardage où le « bétail » de ce monde passe des heures, des jours, des semaines — et finit par y passer sa vie — à communiquer, dans ce qu’on pourrait appeler une « Talk City ». Finalement, ce « bétail » devient si addict à ce qu’on nomme parfois le « bla-bla » qu’il ne supporte plus de vivre sans ces appareils. Ils ne se rendent pas compte que cette explosion de « paroles » n’advient pas par hasard. C’est plutôt un plan divin qui se déroule, dans lequel les ondes électroniques émises dans l’atmosphère, et dirigées vers le tympan et le cerveau humains, non seulement consumeront électroniquement les propriétés miraculeuses du bâton de Salomon, mais endommageront aussi le cerveau des gens à un point tel que les cancers du cerveau, la démence et une forme de démence appelée Alzheimer deviendront monnaie courante. Il y a peut-être une épidémie en gestation. La maladie d’Alzheimer est une maladie du cerveau qui provoque un déclin lent de la mémoire, de la pensée et du raisonnement :
« وَلَا تَكُونُوا۟ كَٱلَّذِينَ نَسُوا۟ ٱللَّهَ فَأَنسَىٰهُمْ أَنفُسَهُمْ ۚ أُو۟لَـٰٓئِكَ هُمُ ٱلْفَـٰسِقُونَ » — al-Ḥashr 59 : 19
Allah ﷻ met en garde : ne soyez pas comme ceux qui ont oublié Allah, et qu’Il a, pour cela, rendus oublieux d’eux-mêmes ; ceux-là sont les pervers.
Ceux qui ne sont pas à l’aise avec l’identification ci-dessus de Dābbat al-Arḍ peuvent choisir d’attendre une Dābbat al-Arḍ décrite ailleurs comme suit : « Sa tête est comme la tête d’un taureau, ses yeux comme les yeux d’un porc, ses oreilles comme les oreilles d’un éléphant, ses cornes comme les cornes d’un cerf, son cou comme le cou d’une autruche, sa poitrine comme la poitrine d’un lion, sa couleur comme la couleur d’un tigre, ses hanches comme les hanches d’un chat, sa queue comme la queue d’un bélier, et ses jambes comme les jambes d’un chameau. »
Cette fonction de Dābbat al-Arḍ est très commode pour Dajjāl, qui poursuit exactement le même objectif : démanteler progressivement tout rival d’Israël qui subsiste aujourd’hui dans le monde — d’où l’explication du sort qui étreint à présent de grands États de l’Occident moderne comme les USA, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, etc. Ces puissances régnantes et leurs plus grands alliés, qui ont offert au monde la Pax Britannica puis la Pax Americana, sont démantelés graduellement par des forces occultes comparables à des termites qui rongent sans cesse le bâton qui maintient l’équilibre d’un corps sans âme assis sur le trône réservé à l’État dominant. Les rivaux du statut d’Israël comme État dirigeant du monde s’effondreront un jour. Ce n’est qu’une question de temps.
L’auteur de ces lignes prend une pause pour conseiller à tous ceux qui ont foi en l’Unique — musulmans, chrétiens, juifs ou autres — et qui vivent dans l’étreinte du monde électroniquement connecté du Dajjāl, de chercher protection et guérison par la récitation continue du texte arabe du Coran béni. Ceci est particulièrement important pour ceux qui utilisent sans cesse, imprudemment, leurs « smartphones » et autres téléphones cellulaires. L’auteur rappelle à ces personnes la déclaration divine selon laquelle le Coran peut « guérir » :
« وَنُنَزِّلُ مِنَ ٱلْقُرْءَانِ مَا هُوَ شِفَآءٌۭ وَرَحْمَةٌۭ لِّلْمُؤْمِنِينَ وَلَا يَزِيدُ ٱلظَّـٰلِمِينَ إِلَّا خَسَارًۭا » — al-Isrā’ 17 : 82
Et Nous faisons descendre, dans ce Coran, ce qui est guérison et miséricorde pour les croyants ; tandis qu’il ne fait qu’accroître la perdition des injustes.
Les preuves scientifiques et médicales ne tarderont sans doute pas à montrer que le rayonnement électromagnétique émis par les ordinateurs portables, les téléphones cellulaires et d’autres dispositifs électroniques est nuisible à nos corps. Non seulement aurons-nous bientôt la preuve d’un lien avec les tumeurs cérébrales, l’infertilité, etc., mais, plus effrayant encore, avec les dommages causés à la mémoire et donc à la capacité de penser. Le monde pourrait bientôt être rempli de Jasads.
L’auteur prévoit un temps proche où aucun enfant élevé dans l’exposition aux rayonnements électromagnétiques des villes et des bourgs câblés du monde moderne ne pourra mémoriser le Coran, à cause des atteintes portées à sa mémoire.
Nous concluons en conseillant aux parents qui résident dans les villes et bourgs du monde moderne de veiller à ce que leurs enfants récitent le Coran quotidiennement, et achèvent la récitation du Coran au moins une fois par mois, afin que le Coran serve de bouclier protégeant le cerveau et l’esprit de l’enfant des dommages causés par un tel rayonnement.
Nous pouvons également souligner, avant de clore ce bref ouvrage, que lorsque nous nous prosternons dans la ṣalāt, c’est-à-dire en position de sujūd, nous établissons sept points de contact avec la terre par sept os du corps. Le plus important est celui où l’os reliant le front au nez touche le sol. Tandis que chaque os sert de conduit au rayonnement électromagnétique pour être évacué vers la terre — protégeant ainsi le corps de ses effets nocifs —, le transfert depuis le cerveau et la tête est le plus crucial de tous, puisque c’est au niveau de la tête que réside le plus grand danger de ce rayonnement.
Enfin, nous devrions éviter de porter des chaussures à semelles en caoutchouc, car le caoutchouc empêche le transfert du rayonnement à travers les pieds vers la terre.
Mot de la fin
Ce livre est écrit dans le but précis d’inviter — respectueusement — une réponse académique à nos vues exprimées sur les sujets du Jasad, ainsi que de Dābbat al-Arḍ, de la part de ceux qui défendent la méthodologie salafie, ainsi que de ceux qui défendent la méthode selon laquelle le Coran est enseigné et étudié dans le Dār al-‘Ulūm.
Nous attendons leur réponse.
Annexe 1 — Résumé des avis sur le Jasad par les commentateurs classiques du Coran
- Beaucoup de commentaires classiques mentionnent que Jasad, linguistiquement, désigne un corps humain incluant la tête et la chair mais sans la Rūḥ (âme). [at-Tafsīr al-Kabīr, at-Tabarānī ; Rūḥ al-Bayān, Ismā’īl Ḥaqqī ; Majma‘ul Bayān, at-Ṭabarsī ; Anwār at-Tanzīl, al-Bayḍāwī ; al-Baḥr al-Muḥīt, Abū Ḥayyān ; Gharāʾib al-Qur’ān, Niẓām ad-Dīn an-Nīsābūrī ; al-Baḥr al-Madīd, Ibn ‘Ajībah ; at-Tashīl, Ibn Juzayy al-Gharnāṭī ; Rūḥ al-Ma‘ānī, al-Ālūsī].
- La plupart des commentaires modernes en anglais, tamoul et malais ont repris l’essentiel du contenu mentionné dans les commentaires classiques. La seule exception semble être le commentaire de Maudūdī, dans lequel il mentionne que le Jasad pourrait possiblement aussi renvoyer au fils de Nabī Sulaymān ( عليه السلام ) qui régna brièvement après son père en tant que « bon à rien », puisqu’il est linguistiquement compatible d’appeler ainsi un dirigeant faible. Il perdit ensuite le royaume peu après avoir pris le pouvoir. La plupart des commentateurs modernes du Coran, comme le Prof. Ḥamkā, semblent pencher vers le commentaire de l’Imām ar-Rāzī (voir le n° 5 ci-dessous). Parmi les commentaires modernes, celui d’al-Sha‘rāwī (m. 1418 H) mérite d’être mentionné. Il dit dans son commentaire de ce verset que la Fitnah n’est pas quelque chose de répréhensible, et que l’origine du mot Fitnah est la fonte de l’or pour le purifier : « L’or est mélangé à d’autres matériaux et nous le voulons pur ; que faisons-nous alors ? Nous fondons l’or au feu pour que les impuretés en soient retirées jusqu’à ce qu’il devienne propre et pur d’elles. De la même manière, la Fitnah purifie l’humanité pour clarifier le bien du mal, et Allah ﷻ a fait traverser la Fitnah à Sulaymān comme Il l’a fait traverser à son père Dāʾūd. » Il commente encore au sujet du Jasad : « (c’est) un corps et une structure visiblement apparente qui ne contient pas en elle de Rūḥ, et à propos de laquelle Allah ﷻ dit : “Et lorsque Je l’aurai façonné harmonieusement et insufflé en lui de Mon Esprit…” (15:29), c’est-à-dire al-Jasad (“lui”), et à quoi Il ﷻ a fait allusion dans l’histoire du Sāmiriyy (Coran 20:88) : “Puis il (le Sāmiriyy) produisit (du feu) devant le peuple le Jasad d’un veau qui semblait mugir…”, c’est-à-dire : la structure d’un veau et son corps physique, clairement visible mais sans Rūḥ. »
-
Parmi toutes les narrations mentionnées dans les Tafāsīr classiques, une seule est un ḥadīth marfū‘ rapporté chez al-Bukhārī et Muslim.
Abū Hurayrah a rapporté que le Prophète Muhammad ﷺ a dit que Sulaymān عليه السلام déclara qu’il passerait auprès de toutes ses épouses une nuit donnée dans l’espoir que chacune d’elles conçoive un enfant et lui donne une armée de cavaliers qui combattraient dans le sentier d’Allah ﷻ, mais il n’a pas dit In shāʾ Allāh ; par conséquent, une seule femme conçut et donna naissance à un enfant difforme et mort-né. Le Prophète ﷺ poursuivit en disant que s’il avait dit In shāʾ Allāh, il aurait reçu une armée de cavaliers qui auraient combattu avec lui fī sabīlillāh. Les Mufassirūn disent que cet enfant mort a été placé sur son trône et que cela pourrait être le Jasad. Toutefois, le Prophète ﷺ n’a pas mentionné qu’il s’agissait de l’incident visé par le verset ni que c’était l’enfant mort qui était appelé Jasad dans le verset ; s’il en avait été ainsi, il l’aurait en général précisé. Ainsi, tous les commentateurs restent incertains sur le fait que ce Jasad (l’enfant mort) soit celui qui fut placé sur son trône. L’Imām al-Bukhārī, de plus, n’a pas enregistré ce ḥadīth dans son livre de Tafsīr. Il demeure donc un événement authentique survenu dans la vie de Nabī Sulaymān عليه السلام, mais nous sommes incapables de confirmer qu’il s’agit de l’événement évoqué par le verset. Al-Qushayrī, az-Zamakhsharī, Abū Ḥayyān, at-Ṭabarsī, ar-Rāzī, al-Qurṭubī, al-Bayḍāwī, al-Māwardī, al-Baghawī, Ibn ‘Abd as-Salām, an-Nasafī, Ismā’īl Ḥaqqī, Ibn ‘Ajībah, ‘Abd ar-Razzāq al-Kāshānī, al-Ālūsī et d’autres l’ont inclus comme explication possible du verset dans leurs commentaires. -
Toutes les autres narrations remontent à ‘Abdullāh ibn ‘Abbās et à certains autres Tabi‘īn et Tabi‘ at-Tābi‘īn, mais non au Prophète ﷺ ; certaines remontent également à Ka‘b al-Aḥbār. Ces narrations sont pour la plupart simplement compilées sous les formules « il a été rapporté », « untel a dit » et « on dit », mais non comme des explications confirmées de l’événement auquel ce verset du Coran renvoie. Des milliers de commentaires étaient le plus souvent des compilations de narrations et d’interprétations, sauf indication claire contraire du Mufassir (commentateur du Coran). En l’occurrence, aucun Mufassir n’a clairement déclaré qu’il s’agissait de l’événement visé par le verset. En résumé, ces narrations sont les suivantes :
- Nabī Sulaymān conquit un royaume insulaire appelé Saʿīdūn, tua le roi tyran et épousa sa fille, qui embrassa l’Islām mais demeura malheureuse. Son nom était Jarādah. Certains disent qu’elle n’embrassa pas l’Islām. Elle était nostalgique de la compagnie de son père et de sa cour, et demanda donc à Nabī Sulaymān d’ordonner aux Shayāṭīn (c.-à-d. des jinn sataniques) de lui fabriquer une structure (effigie) de son père. Il le fit, et elle se mit bientôt à se prosterner devant cette image avec ses suivantes dans le palais, par réminiscence de ce qu’elle faisait en présence de son roi de père. Cela se poursuivit à l’insu du Prophète (selon certains, quarante jours). Plus tard, il découvrit que cela se produisait, détruisit l’image, la brûla et dispersa sa cendre dans l’air. Le Jasad, dans ce récit, renverrait donc à cette image/idole de son père. Az-Zamakhsharī rapporte cela en commentant qu’Allah ﷻ sait mieux ce qu’il en est de la solidité de ce récit. Al-Qurṭubī le rapporte d’après Wahb ibn Munabbih et enregistre aussi une autre version selon laquelle Jarādah serait restée idolâtre même après le mariage, aurait apporté une idole de rubis dans la maison de Nabī Sulaymān et l’aurait adorée en secret durant quarante jours à son insu, jusqu’à ce qu’elle se soumette finalement en Islām. Al-Qushayrī, al-Māwardī, al-Bayḍāwī, Ibn ‘Abd as-Salām, as-Suyūṭī, ‘Abd ar-Razzāq al-Kāshānī, al-Baghawī (avec une version étendue de cette histoire menant à la perte de son anneau au profit d’un Shayṭān), Ibn ‘Ajībah, al-Jawzī, al-Ālūsī et d’autres l’ont narrée. Ibn Juzayy al-Gharnāṭī a aussi enregistré cela avec une note indiquant que ce rapport est faible en raison de la très faible probabilité qu’une idole ait été adorée dans la maison d’un Nabī, et aussi de la faible probabilité qu’un Nabī ait ordonné de fabriquer une idole.
- Un enfant naquit à Nabī Sulaymān عليه السلام. Les Shayāṭīn craignirent d’être contraints de travailler pour le royaume une génération de plus après le Prophète ; ils complotèrent donc pour le tuer ou le rendre infirme. Sulaymān عليه السلام craignit qu’ils n’y parviennent, aussi le cacha-t-il pour sa sécurité dans les nuages, et les vents lui apportaient la nourriture dont il avait besoin, mais Allah ﷻ fit mourir l’enfant, selon Ismā’īl Ḥaqqī, parce qu’il se fia aux nuages et au vent et à la crainte du mal des Shayāṭīn. Ce Jasad — le corps mort — fut alors placé sur son trône. Al-Qurṭubī paraphrase cela d’après ash-Shaʿbiyy, disant qu’il subit la conséquence néfaste en raison de sa crainte du mal que les Shayāṭīn pouvaient causer à son enfant, et qu’il ne s’en rendit compte que lorsque l’enfant mort tomba sur son trône. Al-Qushayrī, az-Zamakhsharī, an-Nasafī, al-Bayḍāwī, al-Māwardī, Ibn ‘Abd as-Salām, Ibn ‘Ajībah et d’autres l’ont inclus dans leurs commentaires. Al-Ālūsī l’a également rapporté mais soutient qu’il s’agit d’un faux rapport au vu de la séquence très apparente des versets qui suivent. Il dit que le vent ne fut soumis à Nabī Sulaymān qu’après la Fitnah, et que cela ne pouvait donc pas être vrai. Il s’agit, selon lui, d’une fabrication.
- As-Suyūṭī, dans son ad-Durr al-Manthūr, a reproduit un ḥadīth enregistré dans al-Awsat de at-Ṭabarānī avec une chaîne faible d’Abū Hurayrah, où le Prophète ﷺ dit : « Un enfant naquit à Sulaymān. Il dit à (un) Shayṭān : “Vas-tu le soustraire à la mort ?” Ils (Shayāṭīn) dirent : “Nous l’emmènerons à l’Est.” Il dit : “La mort l’atteindra.” Ils dirent : “Alors à l’Ouest.” Il dit : “Elle l’atteindra.” Ils dirent : “Vers les mers.” Il dit : “La mort l’atteindra.” Ils dirent alors : “Nous le placerons entre les cieux et la terre.” Puis l’ange de la mort descendit et dit : “On m’a ordonné de prendre une âme ; je l’ai cherchée dans les mers, je l’ai cherchée aux confins de la terre sans l’atteindre, et tandis que je montais, je l’ai trouvé et j’ai donc pris son âme.” (Le Prophète poursuivit :) Son Jasad vint et tomba sur le trône de Sulaymān. Et c’est la mention d’Allah ﷻ : ‘Nous avons certes éprouvé Sulaymān et Nous avons placé sur son trône un Jasad, puis il se repentit.’ » At-Ṭabarānī cependant ne l’a pas enregistré dans son Tafsīr du verset même s’il l’a compilé dans sa collection de ḥadīths. Ce ḥadīth, selon Ibn Kathīr, al-Jawzī et as-Suyūṭī lui-même dans un autre de ses ouvrages, est une fabrication. On dit à propos de ce ḥadīth que nul n’en doute qu’il est fabriqué, à moins d’entretenir des doutes (dans les fondements de l’īmān) quant à l’infaillibilité des Prophètes d’Allah ﷻ, paix sur eux.
- Sa‘īd ibn Jubayr dit que Nabī Sulaymān عليه السلام alla aux latrines et laissa son anneau à son épouse la plus fiable, nommée Amīnah. Un Shayṭān prit sa forme, se présenta à l’épouse et prit l’anneau. Le royaume passa sous son contrôle. Qatādah dit que Sulaymān donna l’anneau au Shayṭān, qui le jeta ensuite à la mer. Sa‘īd ibn al-Musayyab dit qu’il mit l’anneau sous son lit en allant aux latrines. Un Shayṭān le prit et le jeta à la mer. Ces trois rapports sont consignés dans le Tafsīr d’Ibn al-Jawzī, bien résumés d’après at-Ṭabarī, az-Zamakhsharī, al-Qurṭubī et d’autres. Ici, le Jasad désigne le Shayṭān qui s’assit sur le trône de Nabī Sulaymān sous son apparence.
- Mujāhid dit que Nabī Sulaymān عليه السلام demanda à un Shayṭān : « Comment sèmes-tu la Fitnah parmi les gens ? » Il répondit : « Donne-moi ton anneau, et je t’en informerai. » Lorsqu’il lui donna son anneau, le Shayṭān le jeta à la mer. Son royaume le quitta, et le Shayṭān (Satan) s’assit sur le trône du Prophète (comme le Jasad mentionné dans le verset). L’anneau et le royaume revinrent finalement au Prophète. As-Suyūṭī l’a enregistré dans son ad-Durr, et nombre d’autres Mufassirīn l’ont rapporté. Ici encore, le Jasad désigne le Shayṭān prenant la forme de Nabī Sulaymān et prenant le contrôle de sa royauté.
- Nabī Dāʾūd عليه السلام avait un autre fils qui, durant le règne de Nabī Sulaymān, se rebella contre lui et lui usurpa son royaume, se posant comme roi à la place de Nabī Sulaymān pendant une longue période. Quand Allah ﷻ voulut rendre la royauté à Sulaymān, Il fit du usurpateur un corps (Jasad) inerte sur le trône, sans mouvement, c’est-à-dire que, d’un roi obéi et disposant d’un vaste pouvoir, Allah ﷻ le priva de son pouvoir et en fit quelqu’un qui n’avait absolument plus aucune maîtrise, même sur lui-même et ses propres membres. Son propre peuple se retourna contre lui et il fut finalement tué par eux. Ensuite, Nabī Sulaymān عليه السلام recouvra sa royauté. Ash-Sha‘rāwī a rapporté cela en l’attribuant aux Mufassirīn classiques.
- Nabī Sulaymān عليه السلام s’était retiré de la vie publique pendant trois jours, et à cause de cela Allah ﷻ plaça un Shayṭān sur son trône comme punition pour son retrait du peuple. Ar-Rāzī et d’autres ont inclus cela dans leurs commentaires. Les différents noms possibles du Shayṭān sont également mentionnés dans ces narrations : Sakhr, Āṣaf ou Hubqīq, ainsi que les raisons pour lesquelles Nabī Sulaymān fut soumis à cette épreuve divine. Par exemple, al-Qurṭubī rapporte de Ka‘b al-Aḥbār qui dit : « Lorsqu’il (Nabī Sulaymān) a commis une injustice envers les chevaux en les tuant, son royaume lui fut retiré durant quarante jours », et il est dit aussi qu’il avait juré de n’épouser personne en dehors des Banū Isrāʾīl mais qu’il a rompu son serment, d’où l’épreuve. Ils exposent aussi comment et pourquoi il se tourna de nouveau vers Allah ﷻ. « Puis il se tourna vers Allah en repentir », ou « Alors la royauté/le pouvoir/son règne lui fut rendu ». Ibn al-Jawzī écrit que la première formulation est l’avis de Qatādah et la seconde celui d’ad-Ḍaḥḥāk. Ibn ‘Abd as-Salām mentionne les deux et une troisième : « … ou (il “revint” signifiant) qu’il fut délivré de sa maladie. »
-
Ar-Rāzī divise toutes les opinions sur la question en deux catégories :
- L’avis de ceux qui ont rassemblé des remplissages et de simples histoires ;
- L’avis de ceux qui ont vérifié des éléments factuels.
- Ibn ‘Aṭiyyah dit que le consensus est que le Jasad renvoie à un certain Jinn (mentionné dans ces narrations), parce qu’il apparaissait sous la forme corporelle de Nabī Sulaymān alors qu’en réalité ce n’était pas le Prophète dont les gens voyaient la forme. Al-Qāḍī Abū Muḥammad a dit que c’est là l’avis le plus correct et le plus clair de sens. Ceci semble proche de l’interprétation de Maulānā Imran Hosein, à ceci près que le Jasad est Dajjāl, non un Jinn. Quelqu’un apparaissant comme Nabī Sulaymān en Jasad est plus clair de sens que de dire que Sulaymān عليه السلام lui-même est apparu comme un Jasad au sens métaphorique.
APPENDIX 2
Résumé des avis des commentateurs classiques du Coran
sur l’événement de la mort de Sulaymān
Par Hasbullah Shafi’iy
Al-Qurṭubī a rapporté le hadith suivant dans son tafsīr, al-Jāmi‘ li-Aḥkām al-Qur’ān, sans commenter son authenticité, si ce n’est qu’il est marfū‘ :
Ibrāhīm ibn Tuhmān a rapporté de ‘Aṭā ibn as-Sā’ib, de Sa‘īd ibn Jubayr, d’Ibn ‘Abbās رضي الله عنه, que le Prophète ﷺ a dit :
Le Nabī d’Allah ﷻ, Sulaymān ibn Dāwūd عليهما السلام, avait l’habitude de voir de jeunes arbres apparaître devant lui après la ṣalāt. (Chaque fois qu’il voyait un arbre dans cet état,) il demandait : « Quel est ton nom ? » S’il était destiné à être planté, il (ordonnait qu’il) soit planté, et s’il devait être utilisé comme remède, il (ordonnait qu’il) soit consigné. Un jour, lorsqu’il eut achevé sa ṣalāt, un jeune arbre apparut devant lui. Il demanda : « Quel est ton nom ? » Il répondit : « al-Kharnūbah. » Il demanda : « Dans quel but es-tu ? » Il dit : « Pour que cette Maison (Bayt al-Maqdis) soit détruite et réduite en ruine (li kharābi hādha al-bayt). » Il fit alors une invocation : « Ô Allah ﷻ ! Voile ma mort aux Jinn jusqu’à ce qu’il devienne clair pour les humains que les Jinn ne connaissent pas l’Inconnaissable. » Il fit ensuite dudit arbre un bâton et s’appuya dessus (et mourut en restant ainsi) pour un cycle complet (de temps). Tous ignoraient (sa mort). Finalement, il tomba et les humains (de son royaume) réalisèrent que les Jinn ne connaissent pas l’Inconnaissable. Ils évaluèrent alors l’affaire pour déterminer depuis combien de temps (le Nabī Sulaymān عليه السلام était dans cet état) et découvrirent qu’il s’était écoulé une année.
Ibn Kathīr a reproduit la version de Ṭabarī du hadith. Tous deux ont « al-Kharrūb » au lieu de « al-Kharnūbah » et la phrase additionnelle suivante : « il resta appuyé sur le bâton pendant un an, mort, tandis que les Jinn continuaient à travailler. » Ibn Kathīr commente que le hadith est marfū‘ gharīb et qu’il existe une réserve quant à son authenticité.
As-Suyūṭī a rapporté une variante légèrement différente dans son tafsīr, ad-Durr al-Manthūr, en commentant qu’elle a été classée Ṣaḥīḥ par Ibn Mardawayh :
Al-Bazzār, al-Ḥākim, Ibn Jarīr, Ibn al-Mundhir, Ibn Abī Ḥātim, Ṭabarānī, Ibn as-Sunnī dans at-Ṭibb an-Nabawī et Ibn Mardawayh ont (tous) rapporté qu’Ibn ‘Abbās رضي الله عنه a narré que le Prophète ﷺ a dit :
Sulaymān عليه السلام avait l’habitude de voir de jeunes arbres apparaître devant lui après avoir terminé sa ṣalāt. (Chaque fois qu’il voyait un arbre dans cet état) il demandait : « Quel est ton nom ? » Il répondait tel ou tel. S’il était destiné à être planté, il (ordonnait qu’il) soit planté, et s’il devait être utilisé comme remède, il (ordonnait qu’il) soit consigné. Un jour, lorsqu’il eut achevé sa ṣalāt, un jeune arbre apparut devant lui. Il demanda : « Quel est ton nom ? » Il répondit : « al-Kharnūb. » Il demanda : « Dans quel but es-tu ? » Il dit : « Pour que cette Maison (Bayt al-Maqdis) soit détruite et réduite en ruine. » Il fit alors une invocation : « Ô Allah ﷻ ! Voile ma mort aux Jinn jusqu’au moment où il deviendra clair pour les humains que les Jinn ne connaissent pas l’Inconnaissable. » Il prit ensuite un bâton et s’y appuya (en adoration comme il en avait l’habitude) et Allah ﷻ reprit son âme alors qu’il s’y appuyait. Il resta un corps mort dans cet état tandis que les Jinn continuaient à travailler (pour lui). Puis les termites consommèrent le bâton et il tomba. À cet instant, ils (tous ses sujets) réalisèrent qu’il était mort. Il devint clair pour les humains que si les Jinn avaient connaissance de l’Inconnaissable, ils n’auraient pas continué à peiner pendant un an dans un labeur aussi pénible (Ibn ‘Abbās avait l’habitude de réciter le verset en ce sens). Les Jinn remercièrent alors les termites et, partout où ils les trouvèrent (depuis lors), ils leur apportaient de l’eau.
Al-Māwardī a rapporté le même hadith avec une légère différence dans l’invocation du Nabī Sulaymān عليه السلام : « Ô Allah ﷻ, jette un voile sur ma mort et cache-la aux Jinn… » Makkī ibn Abī Ṭālib a également rapporté le hadith dans son tafsīr. Dans sa version, le jeune arbre, évoquant son objectif, dit : « Pour que les gens de cette Maison (Bayt al-Maqdis) soient détruits et deviennent désolés (kharāb) » au lieu de « la Maison ». Ibn ‘Aṭiyyah rapporte une narration remontant à Ibn ‘Abbās رضي الله عنه et Ibn Mas‘ūd رضي الله عنه selon laquelle l’arbre d’al-Kharrūb dit : « Je suis apparu pour la destruction (kharāb) de ce royaume qui est le tien. »
Outre les narrations ci-dessus de ce que le Prophète ﷺ est rapporté avoir dit concernant la mort du Nabī Sulaymān عليه السلام, le reste consiste soit en narrations de l’événement remontant aux Compagnons du Prophète ﷺ et aux Tābi‘īn, soit en une compilation de tout ce qui a été dit ou rapporté au sujet de l’événement sans qu’aucune source spécifique ne soit indiquée. Ce qui suit en est un résumé.
On dit qu’il y avait sept chefs parmi les Jinn, à cause desquels tous les Jinn avaient l’habitude de mépriser et de critiquer le Nabī Sulaymān عليه السلام du fait d’être assujettis à lui. Parce que le Nabī Sulaymān savait qu’ils détestaient le fait d’être soumis à son autorité, et parce qu’il ne voulait aucun obstacle à la construction de la mosquée de Bayt al-Maqdis que son père, le Nabī Dāwūd عليه السلام, avait déjà commencée et qu’il lui avait confiée avant sa mort pour la poursuivre et l’achever, lorsqu’il réalisa que sa mort était proche, il ordonna à son peuple qu’elle soit cachée aux Jinn afin qu’ils continuent à travailler par crainte de lui et achèvent la construction de la mosquée. À ce moment-là, il restait encore un an avant son achèvement. [Al-Qurṭubī]
Dans un autre rapport, il est mentionné que l’Ange de la Mort avait l’habitude d’être son compagnon. Un jour, le Nabī Sulaymān عليه السلام demanda à l’Ange un signe de sa mort. L’Ange répondit qu’un arbre appelé al-Kharnūbah apparaîtrait devant lui, et lorsqu’il verrait cet arbre, il saurait que sa mort était venue. Comme mentionné dans le hadith ci-dessus, lorsque l’arbre apparut finalement devant lui en l’informant de la destruction de Bayt al-Maqdis, il sut qu’il était temps pour lui de quitter ce monde. Il prépara ensuite sa propre sépulture, s’enveloppa du linceul, entra dans le miḥrāb, accomplit la ṣalāt puis s’assit sur son trône en s’appuyant sur son bâton. Il rendit l’âme dans cet état et les Jinn ne surent pas qu’il était mort avant que la construction de la mosquée ne soit achevée un an plus tard. Abū Ja‘far an-Naḥḥās a dit que c’est la meilleure des choses dites au sujet du verset concernant sa mort. Al-Qurṭubī dit que le hadith (cité plus haut) confirme le bien-fondé de cette version de sa mort.
Al-Māwardī a rapporté ce qui suit dans son tafsīr : Il a été rapporté que le Nabī Sulaymān عليه السلام célébra l’‘Īd après la construction de la mosquée de Bayt al-Maqdis lors de la onzième année de son règne. Il se tint alors sur un rocher, les mains levées vers les cieux, et formula l’invocation suivante : « Ô Allah ﷻ ! C’est Toi qui m’as accordé ce royaume, c’est Toi qui m’as donné la force de construire cette mosquée ; inspire-moi donc à Te témoigner de la gratitude pour les bienfaits que Tu m’as octroyés, fais-moi mourir dans Ta religion et ne détourne pas mon cœur après m’avoir guidé. Ô Allah ﷻ ! Je Te demande d’accorder (cinq choses) à cinq catégories de personnes qui entrent dans cette mosquée : que nul n’y entre après avoir commis une mauvaise action et s’en être repenti sans que Tu ne lui pardonnes et ne Te tournes vers lui ; que nul qui craint pour sa sécurité n’y entre sans que Tu ne lui accordes la sécurité ; et celui qui est malade sans que Tu ne le guérisses ; et le pauvre sans que Tu ne l’enrichisses ; et la cinquième, que Ton regard ne se détourne pas de celui qui y entre jusqu’à ce qu’il en sorte, sauf, ô Seigneur, tous ceux qui mécroient en Toi et commettent l’oppression. »
Al-Qurṭubī commente, après avoir cité la narration ci-dessus d’al-Māwardī, que c’est l’avis le plus correct — à savoir que la mosquée fut achevée avant sa mort — en raison d’un hadith Ṣaḥīḥ rapporté dans an-Nasā’ī avec une chaîne authentique remontant à ‘Abdullāh ibn ‘Amr رضي الله عنهما selon lequel le Prophète ﷺ a dit :
« Lorsque Sulaymān ibn Dāwūd acheva la construction de Bayt al-Maqdis, il demanda à Allah ﷻ trois choses : (1) un jugement conforme au jugement d’Allah ﷻ, et cela lui fut accordé ; (2) un royaume que personne n’hériterait après lui, ce qui lui fut accordé ; et … que quiconque vient à la mosquée (sincèrement) pour y accomplir la ṣalāt, tous ses méfaits le quittent et il redevient comme il était le jour où sa mère l’a mis au monde, et j’espère qu’Il le lui a accordé (également). »
Sur la base de ce hadith, il est confirmé que la mosquée fut achevée avant la mort du Nabī Sulaymān عليه السلام et que les Jinn peinaient sur une autre affaire sous l’ordre du Nabī Sulaymān عليه السلام.
Ibn ‘Ajība a rapporté quelques autres versions de sa mort de manière concise. Les mêmes se trouvent également dans d’autres commentaires classiques en versions plus longues. Par souci de concision, je traduis d’Ibn ‘Ajība ce qui suit :
On dit que le Nabī Sulaymān عليه السلام dit un jour à ses compagnons : « Allah ﷻ m’a accordé tout ceci que vous voyez, mais pour ce qui me concerne, il ne m’est pas passé un seul jour durant mon règne où j’aie été exempt de détresse et de souci, et j’espère le jour qui viendra et me délivrera de toute cette détresse. » Le lendemain, il entra dans son palais et ordonna que les portes soient fermées, que nul n’ait la permission d’entrer et qu’aucune nouvelle ne lui soit apportée. Il s’appuya alors sur son bâton en contemplant le vaste royaume sous son contrôle. Il vit alors un jeune homme au beau visage qui le salua. (Ayant répondu au salut, il découvrit bientôt, au cours d’un bref échange, qu’il s’agissait de l’Ange de la Mort.) Il dit alors : « Ô Ange de la Mort, voici le jour que je désirais qu’il survienne et me délivre de toutes mes détresses. » L’Ange répondit : « Ô Sulaymān, un tel jour n’a pas été créé parmi les jours de ce monde », puis il reprit son âme alors qu’il s’appuyait sur son bâton.
Dans un autre rapport, il est mentionné qu’il appela les Shayāṭīn pour construire autour de lui un palais de verre sans porte. Il s’y tint en prière, puis resta à l’intérieur (en retraite), s’appuyant sur son bâton lorsque l’Ange de la Mort entra dans le palais et saisit son âme. Ibn ‘Ajība commente : « Et Allah ﷻ sait mieux laquelle de ces versions s’est produite. » Sulaymān عليه السلام demeura ainsi, mort, appuyé sur son bâton pendant un an, jusqu’à ce que des termites rongent le bâton.
Il est à noter ici qu’Abū Ḥayyān a consigné une petite note qui relate une version légèrement différente, bien qu’il ne soit pas d’accord avec elle. Le Nabī Sulaymān fut trouvé mort, prosterné en adoration. Dans cette version, il se trouvait dans une maison qui avait été construite par-dessus lui. Des termites consommèrent le linteau de la porte de la maison jusqu’à ce que la porte s’effondre et que sa mort devienne connue de tous. Abū Ḥayyān mentionne qu’Ibn ‘Abbās رضي الله عنه a dit : « Il mourut tandis qu’il adorait Allah ﷻ sur son tapis et il avait verrouillé la porte pour être seul. Les termites consommèrent la Minsā’ah, c’est-à-dire le linteau de la porte, et le mot kharra (il/elle tomba) se rapporte à la porte qui tomba. » C’est le seul cas où le mot Minsā’ah a été interprété par un Compagnon du Prophète ﷺ comme un linteau de porte plutôt que comme un bâton. Ibn ‘Aṭiyyah a rapporté une version similaire, sans y souscrire lui non plus.
Il existe d’autres versions avec davantage de détails de l’événement à propos du palais qui fut construit pour la retraite du Nabī Sulaymān عليه السلام dans ses derniers jours et à propos de certains Jinn qui tentèrent d’entrer dans le palais et furent brûlés chaque fois qu’ils tentaient d’entrer par une fenêtre, jusqu’au jour où ils réalisèrent qu’aucun son ne provenait de l’intérieur du palais et qu’aucun feu ne les empêchait d’entrer. C’est alors qu’ils découvrirent qu’il était mort.
Malgré toutes les différentes versions et les détails de l’événement, le résumé de la question est que l’ensemble des commentateurs classiques du Coran sont unanimes à dire que le Nabī Sulaymān عليه السلام est mort et que sa mort fut dissimulée aux Jinn pendant longtemps, la plupart d’entre eux étant d’avis qu’il s’agissait d’une année, en raison de ce que le Prophète ﷺ est rapporté avoir dit, comme cité ci-dessus. Dans la plupart de ces commentaires, les différents mots mentionnés dans le verset tels que Minsā’ah, Dābbat al-Arḍ et Kharra sont discutés.
Il est également intéressant de noter qu’aucun commentateur classique n’a directement relié le verset sur le Jasad dans la sūrah Ṣād, assis sur le trône du Nabī Sulaymān عليه السلام, à ce verset dans la sūrah Saba au sujet de la mort du Nabī Sulaymān عليه السلام, bien que le lien entre ces deux versets soit frappant et semble rapprocher fortement les deux événements. Cela tient au hadith rapporté dans an-Nasā’ī cité ci-dessus. Après l’achèvement de la mosquée à Bayt al-Maqdis, le Nabī Sulaymān عليه السلام demanda à Allah ﷻ que nul n’hérite de son royaume après lui, ce qui dut être à peu près à la même époque où il vit le Jasad assis sur son trône.
Il est tout aussi intéressant de noter l’ironie du fait qu’aucun des commentateurs classiques n’a envisagé que Dābbat al-Arḍ ici puisse se référer au Dābbat al-Arḍ de Ākhir az-Zamān.
Note finale : Al-Qushayrī commente le verset : « Telle (sera la condition) du roi dont le royaume repose sur autre que Lui (Allah ﷻ) et dont la prise s’appuie sur un bâton (qui lui confère puissance). Par conséquent, lorsqu’il tombe, le royaume tombe avec lui. Et quiconque se tient (en s’appuyant) sur autre que Lui (Allah ﷻ) prendra fin lorsque ce sur quoi il s’appuie prendra fin. »
Puisque ce commentaire ne convient pas au Nabī Sulaymān عليه السلام, l’unique autre être à qui il conviendrait en ce qui concerne ce verset du Coran est le Jasad sur son trône.
APPENDIX 3
Commentaires d’Amīn Ahsan Islāhī sur le Jasad et sur Dābbat al-Ard
Sa traduction du verset du Jasad
« Et Nous mîmes Sulaymān à l’épreuve et Nous plaçâmes un cadavre sur son trône. Puis il se repentit. Il pria : “Mon Seigneur ! Pardonne-moi et accorde-moi un royaume qui ne convient à nul autre qu’à moi. Tu es, en vérité, le Grand Donateur.” »
(Coran, Ṣād, 38:34-35)
Son commentaire
Voici un autre épisode qui reflète l’attitude pénitente de Sulaymān عليه السلام. Comme cet épisode a également été présenté de manière déformée dans nos livres de Tafsīr, essayons d’abord de comprendre l’événement en des termes simples. Ensuite, les lecteurs pourront réfléchir aux mots des versets. Il ressort de l’histoire qu’une fois, Sulaymān عليه السلام fut soumis à une épreuve extrême : ses ennemis attaquèrent et s’emparèrent de beaucoup de ses territoires et semèrent un tel désordre dans les territoires restants que le système de gouvernance fut gravement perturbé. Seul le territoire central de son royaume demeura entre ses mains, où il dut rester confiné. Ce fut une épreuve venant de Dieu. Sulaymān عليه السلام était un roi au cœur tendre. Il pensa que Dieu l’avait puni pour quelque faute. Cette pensée amplifia sa peine et, dans cet état d’impuissance, il devint semblable à un squelette sans vie sur son trône. À ce moment-là, il invoqua très humblement le Tout-Puissant afin qu’Il lui pardonne ses péchés et pria pour que, bien qu’il ne fût plus digne des faveurs et bénédictions de Dieu, il lui soit malgré tout accordé un royaume qu’aucun de ceux qui ont commis un tel péché ne mérite.
مَـنْـا سُلَيْمَانَ فَتَنَّا — « Nous avons mis Sulaymān à l’épreuve. »
Cette épreuve est une sunnah établie de Dieu. Il n’est pas nécessaire que cette épreuve ait été la conséquence d’un péché commis par Sulaymān عليه السلام. Des tests et des épreuves s’abattent sur tous les prophètes et messagers de Dieu. Ils ont pour but d’éprouver leur patience ou leur gratitude. Sulaymān عليه السلام fut soumis à une épreuve similaire et, puisqu’il était roi, cette épreuve survint par le biais de sa royauté.
وَأَلْقَيْنَا عَلَى كُرْسِيِّهِ جَسَدًا
Ces mots dépeignent de façon concise, mais très complète, l’épreuve à laquelle Sulaymān عليه السلام fut confronté. Au départ, son royaume s’étendait sur une vaste région et il y régnait avec puissance. Par la suite, le Très-Haut plaça son squelette sans vie sur son trône. Le mot Jasad fait allusion métaphoriquement à l’impuissance et à l’état de tristesse de Sulaymān عليه السلام. L’implication est que son règne se trouva réduit au seul territoire central de son royaume et que les circonstances l’amenèrent à une telle impuissance et tristesse que l’on eût dit que seul son corps subsistait, son âme l’ayant quitté. La réflexion montre qu’il n’aurait pu y avoir meilleure image que celle-ci pour exprimer l’impuissance et la tristesse d’un roi.
ثُمَّ أَنَابَ
Ces mots indiquent que, même dans ces circonstances, Sulaymān عليه السلام ne manifesta aucun désespoir envers Dieu ; bien au contraire, il comprit que cela avait pu arriver à cause d’un péché qu’il aurait commis. Il se tourna donc vers Dieu dans la pénitence.
قَالَ رَبِّ اغْفِرْ لِي وَهَبْ لِي مُلْكًا لَا يَنْبَغِي لِأَحَدٍ مِنْ بَعْدِي
Ces paroles ne signifient pas que Sulaymān عليه السلام pria Dieu de lui accorder un royaume que personne après lui ne devrait posséder. Sulaymān entendait plutôt que, bien que, par son péché, il ne mérite aucun royaume, Dieu, par Sa grâce, lui accorde un royaume que ni lui ni quiconque après lui ne mérite.
إِنَّكَ أَنْتَ الْوَهَّابُ
La prière de Sulaymān عليه السلام renvoie au fait que Dieu accorde gracieusement ; aussi, en dépit de ses manquements, espère-t-il que Dieu ne le privera pas de Ses dons. L’accent réel dans cette prière ne porte pas sur la réception d’un royaume majestueux sans pareil, mais sur un royaume auquel nul n’a droit. Sulaymān عليه السلام entendait en réalité qu’en dépit de sa faute, il lui soit accordé un royaume qu’aucun après lui n’est digne d’avoir. La vive conscience de sa faute, perceptible dans cette prière, témoigne de l’humilité et de la pénitence de Sulaymān. Tous les gouvernants au cœur tendre attribuent toujours les calamités qui frappent leurs pays au résultat de leurs propres péchés. Divers récits rapportent qu’au temps de ‘Umar رضي الله عنه, une grande famine survint. On l’appela fameusement ‘Ām ar-Rimādah. Pendant toute la durée de cette famine, ‘Umar pleurait abondamment et priait : « Ô Dieu ! Fais que la communauté de Muḥammad ﷺ ne soit pas détruite par ma main. »
Commentaires d’Islāhī sur Dābbat al-Arḍ
Sa traduction du verset sur Dābbat al-Arḍ
« Puis quand Nous eûmes décrété sa mort, nul ne les informa de sa mort si ce n’est une vermine de la terre qui rongeait son bâton. Lorsque celui-ci tomba, alors seulement les jinn comprirent que, s’ils avaient eu connaissance de l’Inconnaissable, ils ne seraient pas restés dans cette servitude humiliante. »
(Coran, Sabā’, 34:14)
Son commentaire
Les versets précédents ont totalement réfuté ceux qui se berçaient de l’idée erronée que tous les accomplissements de Sulaymān عليه السلام dépendaient — Dieu nous en préserve — des jinn. Ici, il est en outre souligné que les jinn n’ont aucun moyen de connaître les réalités de l’invisible. Ils n’en ont pas l’information, pas plus que les autres créatures de Dieu. Pour éclairer ce point, il est fait référence à l’événement de la mort de Sulaymān. Au moment de sa mort, il supervisait les tâches qu’il avait assignées aux jinn, mais ces derniers ne s’en aperçurent pas. Ils continuèrent à travailler sous la contrainte. Finalement, après un long moment, ils apprirent que Sulaymān عليه السلام était mort. Ce n’est qu’alors qu’ils purent être libérés de leur servitude.
L’ensemble de l’événement semble s’être déroulé ainsi : au moment de sa mort, Sulaymān عليه السلام supervisait personnellement des travaux importants, en particulier ceux qu’il avait confiés aux jinn. Il surveillait donc un chantier, s’appuyant sur son bâton de marche, lorsque la mort le surprit. Cependant, il demeura debout, soutenu par son bâton, et les jinn poursuivirent leur labeur, pensant que Sulaymān عليه السلام les observait. Un temps considérable s’écoula, durant lequel des termites rongèrent son bâton par le bas, après quoi son corps s’effondra au sol.
Le contexte et la tournure où apparaît l’expression Dābbat al-Arḍ montrent qu’il s’agit des termites. Le mot Minsā’ah signifie « bâton ». Le verset ne mentionne pas la durée pendant laquelle Sulaymān عليه السلام demeura dans cet état. Toutefois, il n’est nullement improbable que son corps sans vie soit resté ainsi un certain temps, ni qu’une termite ait rongé une partie de son bâton. Les termites sont des insectes très voraces, capables de dévorer le bois en très peu de temps, surtout si elles sont nombreuses. Les bâtons et les cannes sont pour elles une proie facile. De plus, la nature de l’événement, en l’occurrence, était très particulière. Telle était la volonté de Dieu : que la mort de Sulaymān عليه السلام survienne d’une manière qui rende manifeste aux gens que ni le vent ni les jinn, qui étaient sous son contrôle, ne purent le sauver de cette mort soudaine. L’événement devait également s’accomplir de façon à dissiper l’idée fausse, entretenue par les jinn, selon laquelle ils connaîtraient — ou pourraient connaître — les réalités de l’invisible. Pour exposer ces vérités, le Très-Haut donna la mort à Sulaymān عليه السلام de cette manière. Et Dieu fait ce qu’Il veut pour réaliser le dessein qu’Il entend accomplir.
تَبَيَّنَتِ الْجِنُّ أَنْ لَوْ كَانُوا يَعْلَمُونَ الْغَيْبَ مَا لَبِثُوا فِي الْعَذَابِ الْمُهِينِ
Ces mots (ci-dessus) font allusion au fait que les jinn malfaisants étaient constamment à l’affût pour tenter d’écouter subrepticement les réalités du monde de l’invisible (al-Ghayb) et, à cette fin, prenaient place à divers postes dans les cieux, comme il ressort de la sūrah al-Jinn et d’autres passages du Coran. Ils avaient réussi à tromper des êtres humains, séduits par eux, en leur faisant croire qu’ils avaient les moyens d’être au fait des secrets de l’inconnu. Or, l’événement de la mort de Sulaymān عليه السلام suffisait à leur ouvrir les yeux : ils ne furent même pas en mesure de connaître une réalité qui se trouvait tout près d’eux, à plus forte raison les secrets des cieux. En conséquence de cette ignorance, ils durent continuer à subir la peine humiliante de leur assujettissement. Il ressort également des paroles ci-dessus que Sulaymān عليه السلام n’avait assujetti au labeur forcé que des jinn malfaisants et que sa science en matière d’assujettissement se rapportait à eux uniquement.